DÉCOMPOSITIONS CHIMIQUES PAR LES ACTIONS MÉCANIQUES
Feldspath et eau de chaux. — La chaux, intervenant dans les mêmes circonstances que le sel marin et Tacide carbonique, tend à faire sortir l'alcali du feldspath.
Feldspath étonné et eau pure. — L'état de la substance soumise à l'essai influe beaucoup sur les phénomènes dont il s'agit.
Ainsi le feldspath, préalablement étonné par une calcinatien au blanc et devenu friable, fournit une eau très-fortement alcaline S en même temps qu'une proportion de limon bien plus abondante que dans les premières expériences.
Obsidienne et amphigène dans Veau pure. — L'obsidienne, qui représente la matière feldspathique à l'état vitreux, ne donne lieu, dans les mêmes circonstances, qu'à une décomposition beaucoup moins prononcée que le feldspath proprement dit ; l'eau n'acquiert qu'une réaction à peine alcaline.
En opérant sur la roche d'amphigène de la Somma (leucitophyre) grossièrement concassée, la liqueur, après quarante" deux heures et une usure considérable, n'a donné que des traces insigniflantes d'alcali. Ce fait est d'autant plus remarquable que l'amphigène l'emporte sur le feldspath par sa teneur en alcali et par sa nature plus basique.
PttHs aMao8«e« 4as * dlven obMvraCeaM. — * DaUS ICS fabriques de porcelaine, l'eau dans laquelle on broie le feldspath devient assez alcaline pour bleuir le papier de tournesol } mais, diaprés un renseignement que M. Salvétat a bien voulu me donner, pour la manufacture de Sèvres, on n*ya jamais dosé la proportion d'alcali. En visitant l'établissement de Itsassou (Basses-Pyrénées), où M^Gindre cherche depuis longtemps à tirer parti des roches feldspathiques, dans l'intérêt
* Le résdu de idO centimètres cubes d'eau a été de 0,071, dont 0,0U de potasse râUe ; la quantité de potasse rapportée au Umon était de 0,000,51.
de l'agriculture, j'ai également appris que les eaux de lavage du kaolin lui-même ont une réaction alcaline.
Les résultats de mes expériences ont été aussi confirmés plus tard, en 1868, par M. HaushoferS qui, opérant dans des conditions différentes, a obtenu des chiffres moins élevés que ceux auxquels j'étais arrivé (0,0003 à 0,0004 d'alcali). Cette différence s'explique facilement. Avec mon appareil, la quantité d'alcali est très-notable, parce que le liquide, au lieude se renouveler, comme dans le mode opératoire de M. Haushofer, reste le même pendant toute la durée de l'expérience. t
Dans la nature, l'eau qui est en contact avec les débris feldspathiques se renouvelle continuellement, et ne peut acquérir, par conséquent, un titre alcalin aussi élevé. Cependant la proportion de potasse qui se dissout ainsi, quelque faible qu'elle soit, ne doit pas être indifférente pour les végétaux qu'elle imbibe directement ou dont elle mouille le sol. L'analyse démontre, en effet, la présence du silicate de potasse dans les eaux qui coulent sur des roches granitiques. C'est ainsi que M. Guéranger a trouvé que de l'eau puisée dans le cours supérieur de la Sarthe en contient 0*',0i!2 par litre.
D'après MM. Guignet et Telles*, l'eau de la baie de Rio de Janeiro renferme de la silice et de l'alumine en forte proportion et présente une réaction alcaline, que les auteurs de cet intéressant travail attribuent à la présence de la potasse et de la soude. Ils ont expliqué ces faits en se référant à mes expériences. Gomme confirmation, ils ajoutent que cette magnifique baie de Rio, de 38 kilomètres de longueur sur 25 de largeur, reçoit seulement des cours d'eau fort médiocres ; que toutes les eaux douces du pays sont presque
' Journal fur practisehe Ckemief t. GUI, p. 121.
* Comptes Rendus de t Académie des sciences, U LlIXni, p. 919.
DÉœHPOSmOIfS chimiques par les actions mécaniques. S77
pures; qu'elles contiennent cependant un peu de chaux et de silicates et aluminates alcalins, qui leur donnent une légère réaction alcaline. Une circonstance contribue à rendre ces résultats particulièrement prononcés dans la baie de Rio: nulle part, peut-être, la décomposition des roches feldspathiques et leur transformation en argile ne se manifestent sur une plus grande échelle que dans cette contrée ^ Tous les géologues qui l'ont visitée ont été surpris de l'étendue de l'altération qui se montre quelquefois sur plus de 100 mètres de profondeur. En outre, aucun fleuve de quelque importance ne vient diluer ou emporter les sels qui ont été apportés dans cette nappe d'eau.
k l'ordre des faits dont il s'agit se rattachent, par leur objet, des études de M. de Gasparin, et les résultats obtenus par M. Truchot sur du granité, du trachyte et d'autres roches analogues qu'il a soumises à l'action de l'eau chargée d'acide carbonique.
wétmiémm mrgÊMmmm^j teUoi ^pie lesargU^Ilthoi et !•• pliylladea.
—Le limon obtenu comme on vient de le voir est d'une telle ténuité, qu'il rend le liquide opalin et ne s'en sépare pas, même après un repos de plusieurs jours. Il rend la filtration excessivement lente et traverse les filtres. A l'état mouillé, il jouit d'une certaine plasticité et ressemble à de l'argile à pâte courte ; mais, une fois desséché, il s'en distingue en ce qu'il devient pulvérulent. L'examen chimique prouve que ce limon est à peu près anhydre, qu'il résiste à l'action des acides et des alcalis, et qu'il est resté fusible ; ce n'est donc qu'une boue feldspathique.
On trouve dans les terrains stratifiés, à divers étages et
* Liais, G^oîoçie du Brénl,p.^ et timantes. -^-AnnaUê de* mtw^ 7«8ër.,t. YIII, p. 608.
dans beaucoup de contrées, des substances désignées sous le nom d'argiles fusibles ou d'argiiolitheSy qui présentent de grandes ressemblances avec ce limon feldspathique ; il en est de même des phyllades ou schistes argileux, qui renferment souvent de 6 à 7 pour 100 de potasse.
Une partie des éléments constituants de ces roches sédimentaires, dont la composition élémentaire se rapproche d'ailleurs, en général, de celle des roches granitiques, parait donc provenir, non de la décomposition, mais de la simple trituration de roches feldspathiques ou silicatées.
M. Yogel a trouvé, pour la composition d'une boue noire qui s'accumule dans les trous du lit d'un glacier, une composition qui la rapproche du feldspath, mais avec moins d'alcali et de silice^ ; cette boue est analogue aussi aux limons feldspathiques obtenus artificiellement par la tritura* tion, dont il a été question plus haut.
obMrraUon gteériae. — On savait, par les recherches de Berthier et de Forchhammer sur les kaolins, et surtout par les belles études d'Ebelmen, que les minéraux silicates qui renferment de la potasse, comme le feldspath, abandonnent une partie de leur alcali à l'état soluble, lorsqu'ils se décomposent spontanément sur place.
Les faits qui précèdent montrent que derrière le fait, en apparence si simple, de la division mécanique des roches par le frottement et la trituration, se cache une action chimique lente et graduelle, assez énergique pour décomposer un minéral résistant à l'action des acides et des plus stables que nous connaissions. On se trouve ainsi en présence d'une nouvelle cause d'élimination de la potasse, qui est tenue comme en réserve dans divers silicates, et du passage con-
< Mémoifti de V Académie de Munick^ t Vm, p. M, 1800.