ÉTUDES SUR LE CONNU ET SUR L'INCONNU
Vers la fin de l’année 1880, plusieurs petits garçons jouaient au bord de la Seine à Argenteuil, en se hasardant à monter sur la glace dont était couvert ce fleuve. Un d’entre eux s’étantaventuré plus loin, sentit la glace se briser sous son poids, et se trouva entrer dans l’eau, cherchant à se retenir au bord des glaçons en criant au secours de toutes ses forces ! Ses camarades s’enfuirent à toutes jambes, et le laissérent, sans appeler eux-mêmes au secours ! Le pauvre enfant ne tarda pas à lâcher prise et à descendre dans l'inconnu ! Bazin, était son nom, il était âgé de onze années. Je ne dépeindrai pas ici la douleur de ses père et mère, ainsi que celle de tous les habitants de la cour où il demeurait, son souvenir la rend encore orande en ce jour. |
Cet enfant était cousin d’une jeune fille occupée chez nous, nommée Thérèse Dupressoir.
Thérèse a une sœur, mère de famille de cinq enfants, demeurant dans la même cour que les
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parents du petit noyé. Sur les cinq, deux sont malades à la dernière extrémité ; l’un est âge de sept mois, l’autre de trois ans ; ce dernier est d’une intelligence hors ligne, et est le Benjamin de toutes les mères de famille de cette cour, qui ne contient pas moins de quinze enfants, petits et grands, aussi s’intéresse-t-on à celui qui est au plus bas, et ne laisse aucun espoir d’être sauvé! Thérèse, sa tante, l'aime beaucoup et se trouve être très attristée de le voir dans cet état. Dans une visite qu’elle lui fait, elle le voit se débattre, semblant repousser quelque chose loin de lui et criant: Je ne veux pas,je ne veux pas! Quoi ne veux-tu pas? lui demande Thérèse. L'enfant lui répond:
est Bazin (le petit noyé), qui veut que j'entre dans sa boîte (entendons cercueil), moi ne veux pas ! moi ne veux pas!
Thérèse, émotionnée par cette triste scène, revint à la maison le cœur bien gros, les yeux pleins de larmes, et nous conta le ‘sujet de ses pleurs !
Voyant que cet enfant était abandonné du médecin, et ne prenait plus aucun aliment ni remède, j’eus l’idée de magnétiser une bouteille d’eau, et d'appeler à moi, à cette intention, l'influence de nos bons amis d'outre-tombe, afin de venir au moins au secours de ce petit agonisant qui paraissait souffrir beaucoup, et de le soulager s'il n’y avait mieux à espérer. Sa tante Thérèse lui porta cette bouteille d'eau,
sans dire à ses parents autre chose, que cette tisane lui ferait grand bien. On s’empressa de lui en faire boire par cuillerées, l’enfant y prit goût, et en but ainsi trois litres en quatre jours! Le délire et l’agonie firent place au réveil à la vie. Il prit de la nourriture; en huit jours il marcha et put descendre dans la cour pour jouer avec ses petits camarades qui fêtèrent sa résurrection avec joie ! On eut l’imprudence de le laisser user ses forces sous un soleil ardent. Lorsqu'il rentra, il fut pris de frissons, et se coucha pour ne plus se relever! le délire revint, il revit à nouveau le petit noyé quile réinvita à entrer dans sa boîte, ce qu’il accepta sans difficulté, cette fois, mais pria son cousin d'attendre l’arrivée de Thérèse, qui devait, croyait-il, lui apporter quelque chose qu'il desirait placer dans sa boîte! Thérèse arriva, il la reconnut, quoiqu'il ne reconnûüt même pas sa mère, et lui demanda si elle lui apportait quelque chose? Celle-ci lui demanda ce qu'il désirait, qu’elle irait le lui chercher. Il lui répondit: J’sars pas, puis il ferma les yeux pour ne les rouvrir qu’au monde spirituel!
Son petit frère, âgé de sept mois, les avait fermés huit jours avant lui!
OBSERVATIONS.— Que penser de la persévérance que met le petit noyé, à rester auprès de son cousin, guetter toutes les phases de sa maladie, et attendant pour l’emmener avec lui dans la boîte qui lui avait servi dans son voyage d'ou-