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Eugáene Carriáere

En méditant, à propos de cette étude, sur la pensée et sur l'œuvre de ce grand artiste, je me suis senti impérieusement appelé à développer dans leur logique enchaînée toutes mes certitudes et toutes mes espérances , esthétiques , sociales, humaines, pour les confronter aux siennes.

Car il n'est point de domaine de la vie où je n'entendisse retentir la voix puissante de cet initiateur, et chacune de ses créations commande l'avenue des méditations infinies. D'avoir connu l'homme, aussi, l'homme inoubliable — tous ceux qui l'approchèrent, aucun d'eux ne me contredira, gardent dans leur âme l'indélébile empreinte de la sienne — et de l'avoir aimé, je reste sans doute plus que d'autres averti des songeries familières à son esprit, de ses directions, de ses croyances, et j'en retrouve plus nettement le témoignage dans ses toiles. Elles

n'en sont pas moins essentiellement, sans nul doute, des ouvrages plastiques. Personne pourtant, j'en suis bien sûr, personne, avec de l'intelligence et de la sensibilité, qui ne reconnaisse dans cette plastique l'opération d'un extraordinaire cerveau; personne sachant regarder qui n'y perçoive, en acte, le visionnaire de toutes les profondes réalités.

Si, pour ma part, je me défends contre la tentation qui multiplierait, lui céderais-je, ces pages au-delà du chiffre permis par telles convenances matérielles ouïes conventions, je tiens pourtant à la noter, comme un premier et significatif hommage; il préviendra mes conclusions et les annoncera : de tous les artistes modernes, Eugène Carrière est celui qui exige, pour être compris et légitimement admiré, la plus nombreuse collaboration des activités humaines. Il parle à tout l'homme, comme il est lui-même, par son œuvre et par sa vie, une humanité totale; et à tout l'homme, si celui-ci sait l'entendre, il dit tout : exemplairement et dans les limites d'une destinée, par les moyens que la

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