‹ Eugène de Mirecourt et Les contemporains, étude et réfutationChapitre 1 sur 1 · CH. NOLET, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

CH. NOLET, LIBRAIRE-ÉDITEUR

Passage du Commerce , 3.

Les anciens, passés maîtres en allégories justes et ingénieuses, faisaient de Thistoire une déesse éternellement chaste-* juge intègre et toujours incorruptible des passions humaines.

M. de Mirecourt en a fait une dévergondée, guidée par la seule voix de ses caprices vrais ou simulés.

La Glio des anciens était inaccessible aux passions, surtout à celles de parti.

La Muse de M. de Mirecourt, au contraire, les a choisies pour compagnes inséparables et pour conseillères intimes.

C'est ce qui nous a engagé à faire et à publier ce petit livre.

Nous croyons que jusqu'ici Ton n'a fait aucune élude sur l'œuvre de M. de Mirecourt — et cependant le biographe des Contemporains fait assez de bruit et de scandale, en ce moment.

Gomment expliquer le silence et la retenue qui dans le monde des lettres accueillent cette publication ?

La plupart des ^crivaipsattaqués— ne voulant pas accepter le rôle humiliant d'accusé, que leur fait M. de Mirecourt— protestent par quelques mots contre les plus odieuses de ses insinuations, et, dignes et silencieux, laissent le flot impur suivre sa pente d'oubli.

; Cf3ux dont la biographie n'est pas encore publiée, ont, nous en sonunes persuadé, une certaine appréhension de la manière par trop d^v^ière dont M. iacquot traite les gens; et, dans la crainte d'attirer encore plus sur eux la I>erfide attention du hargneux enfant terrible, ils se taisent et attendent, tout en maudissant )e polisson qui s'avise de donner le fouet à $es maîtres.

Lés uns et les autres éludent une polémique gu9 ^née Mirecourt cherche par toutes les voies possibles.— Ce serait donner de l'impqirtance à

rhoipaie qu'ils méprisent, faire descendre sur l'écrivain obscur, un rayon de leur célébrité, et salarier ainsi les efforts d'une haine jalouse, dirigée oontre leur gloire usurpée ou légitinn^. Nous concevons et approuvons leur conduite.

Gr&ce à notre jeune obscurité noi^s avons, nous, une position toute différente de la leur.

Convaincu que. M. de Mirecourt a ooipi^encé et poursuit une œiivre mauvaise, nous.youloos le lui dire face à face,— nous voulons. é(pdiiEir la valeur, la portée et le but de cette entreprise scandaleuse, que le bon public nous semble tenté de prendre au sérieux et d'accepter comme un monument historique.

Puissions-nous faire comprendre à ceux qui lisent M, de Mirecourt le pçu de foi qu'ils doivent ajouter au^ assertions de cet écrivain I

C'est notre but, à nous ; nous allons essayer de Tatteindra*

Disons-le bien en commençant ;

Nous ne pignons pas la défense systématique des hommes' attaqués ou dénigrés par M., d^ Mirecourt. Mieux que personne* nous savons combien il y a, dans notre siècle, de gloiris

fanssemeot acquises, de renommé6s qui e'ei iront eo fumée, d'illustrations qui bientôt D'au ront plus d*éclat-— et la croisade prècliée contre •les faux dieux du temps nous Terrait acoourii -des premiers sous sa bannière.

' Mais nous combattons Técrivain qui veut se faire un piédestal ^u scandale attaché à son œuvre, et s'élever sur les débris des réputations qu'il cherche à détruire par de vils et odieux libelles.

Nous n'avons pas l'intention de faire la bi^ graphie intime de M< de Mirecourt ; sa vie privée nous est fort incomplètement connue, et eussions-nous l'avantage de posséder un plus grand nombre de renseignements flatteurs ou désavantageux, nous n'en garderions pas moins le silence sur ce sujet délicat.

Eaumérons seulement, aussi sommairement que possible, les ouvrages que nous savons avoir été publiés par l'auteur des biographies contemporaines.

M. de Ifirecourt débute en 1858 par uaromaa en deux volumes, intitulé : Sortir dynjéï)e.

En 1839, il donne en collaboration avec M- Leupol : La Lorraint historique eipiiioresque.

M. de Mirecourt que les lauriers de Guizot, Thierry, Sismondi empéehaient probablement de dormir, prétend dans cet ouvrage consacrer une méthode nouvelle d*écrire Tbistoire. Il prend des faits historiques qu*il dramatise en scènes dialoguées.— Cestce qu'il appelle : ne pas faire l'histoire à la manière de dom Calmet.

On méconnaît le chef de la nouvelle école historique, et son œuvre réformatrice n*obtient pas Tombre du succès.

En 184i, parait le Ueuienant de la Minerve,

En i847. Madame de Tencin.

En i84S, Hélène^ histoire d'un rosier.

En 18S0, il publie Masanielh^ roman révolutionnaire, où il nous apprend que les grottes du Pausilippe sont remplies de pierres druidiques et que Yauban était un sot en fait de fortiflcalions.

En i85i , la Dernière Marquiee K

* Ce roman est doim^ en pHme aux abonnés du Voleur, Ce n'était pas U peine que M. de Mirecourt

Tous ces romaQs passent pr^eque iaaperOlis.

Les Mémmrts d9 Mariùn 4e Lorma, qui ont paru en 1850, Jouirent néaumoinsi d'une eertalne vogue, gr&ce à une longue étude suc le siècle de | Louis XUL mise en tête du Ufre, et signée Méry . 1 — Dansjcette publication M. de Mireoourt suit le même plan que dans YHiitcdr* de i.prrotn#->et aprèe avoir annoncé QQ*il aété eeulement chargé de mettre en ordre les mémoires de la courtisane célèbre, il doone encore au public»... un roman.

En i8i5, M. de Mireoourt a lait paraître une brocburesur le mercantilisme littéraire, Intitulée : Maison Alex. J)uma$ et C^^ fe^ique de romane. Si Tamour de Fart Ta seul guidé en cette occasion, avouons qu'il y avait dans cette protestation un louable et vrai courage.

Tel était à peu prés lebagage littéraire de M.de Mirecourt lorsqu'il a commencé en 1854 la publication des ConiempQraine i.

jetAt feu et flamme contre ce journal {V. la Biogr. d'Ém, de (Hrardinf p. 47), pour faire servir, deux mois plus tard , «es œuvres à la* propagation de cette feuille , qu'il a gratifiée du nom d'audacieuse ^n^loitation et de vol organUé^ ^ Chaoun «ait aujourd'hui que eelui qui signe

IIK

El d'abord, Thiktoire biographique et littéraire des Conteniporains , telle que semble l'avoir

Eugène d9}^iiiifO0Wk s'appelait originairement Eugène Jacgtço^j et 4ue trouvant dans le nom paternel un c'ertEtih'côté pl'àisant et ridicule, il y a substitué celui de son village.

. Npuflii mu tfonvolui en cela rien de condamnable, etnouSfi^e. savons pourquoi certaines gens lui ont Téprôcbé cette fantaisie de fort bon goût.

' Toutefois, nous ne comprenons pas que M. Eugêne,; né ^ Mireeourt, semble user du bénéfice d'upe paiticule d*empr\int pour flageller et couvrir de mépris {V. Di^pin) la classe bourgeoise dont il est irrécusablement issu, et nous supposons qu'il he se fAche pas des plaisanteries que son nom prin^itil lui attire; il se moque des défauts physiques qu'il rencontre chez les hommes mal notés dans son esprit railleur; pourquoi voudrait^il con damner <:eite espèce de réciprocité?

M. de MirecQurt est , dit-on , très-fort à l'épée, au pistolet , à la boxe et à la savate. -^ Il menace, dit-on encore, de couper la gorge à tous ceux qui voudraient parler trop irrévérencieusement c(e sa manière d'écrire l'histoire. Nous donc, qui n'avons jamais fait le coup de poing y qui ne sayoïns

comprise M. de Mirecourt est-elle possible à m seul individu?

Avoir la préteatioo de connaître dans ses moindres détails la vie intime et publique de tout ce qu'il y a d*hommes marquants au XIX" siècle, se flatter d'avoir saisi jusqu'à la plus pâle nuance de leur caractère, se croire instruit des moindres faits quelque peu saillants de leur existence,— c'est, en vérité..., d'un amour-propre par trop robuste.

Cette prétention, exorbitante en tous cas, se comprendrait si M. de Mirecourt était un homme qui eût vécu 40 ou SO ans dans l'intimité ou le coudoiement journalier des personnages qu'il semble peindre magistralement d'après nature-

Mais il n'en est rien. Malgré son bavardage et ses airs de familiarité universelle, M. Jacquot a bientôt laissé entrevoir son côté faible. 11 ne connaît presque aucun de ceux dont il fait la biopas manier l'épée, qui n'avons de notre vie logé une. balle dans un front, pas même dans une poupée de plAtre, nous tâcherons d'être très-poli, trèsré tenu à son égard, ne voulant pas donner lieu à M. Jacquot de se passer ces fantaisies d'ancien rapin. — (M^ de Mirecourt a été élève en peinture de M. Ingres.)

grat^liie, -^ il n'a jamais vu G. Sand, il n'a pas coitou Lamennais; c*e$t à peine si une fois il s^esi trouvé en rapport avec J. Janin.

£t« disoas-le maintenant, puisque rbocasîon s^en présente» M. de Mirecourt lût amené chez M. Janin par un personnage qui a joué un rôle important dans la république de 1848,— il est bon d'avoir des amis partout, vous diraM.Jac^uot.*- M. Janin le reçut fort bien, etcritiqUa avec toute la retenue possible une fort mauvaise pièce que M. de Mirecourt voulait présenter aux Français : c'est sans doute en souvenir de cetle réception que l'auteur des Cantemporaint a raconté ces belles et dignes anecdotes que cbacun a pu lire dans la biographie in Prince des critiquée. VoilÀ toutes les relations qui ont existé entre M. de Mirecourt et M. Janin :~et ce dernier vous dira que ce jour-là M. de Mirecourt était fort poli^ prodigue de courbettes et d*éloges k Tendroit de celui qu'il devait ^atiitor qudques années plus tard,— «t que certes on ne pouvait guère devi* ner dans ce petit aaleur. le futur grand inquisiteur des hommes célèbres, devant servir de coqueluche aux écrivaina et de croqueraitaine à leurs petits-enfants.

Nous pouvons- encore garantir crae - M • dé MirecDurt n'a jamais eu aucune relation aveé Alfred de Musset, Sèribe, Lamartine^ Rachél, ebc;.

M. de Mireoourt esl Tud des 24,000 membres de la Société dies %eû% de lettres, et o^est à ce\é qtt*il doit d'aToir etitrevu quelques-uns des hommes dont il a prétendu faire l'histoire {/aire Vhittoire est le mot prépre).

Aux réunions, If. de Mirecouft fait, dit*on, tout son possible poiir se donner de l'Importance et attirer les regards. Il s'agite, gesticule, veut toujours parler et parle frèis-sourent— à tort ou à raison* DemfM grand conservateur en politique, M. de Mirecoùrt est un petit GatîKnâ à la tribune des lettres. Toujours il a quelque proposition incendiaire, quelque motion ultra*réYolationnaire à soumettre à Messieurs de rassemblée^— et chacun de trembler quand cei fougueux tribun prend la parole.

Trèthassidu aux séudces, c'est là que le pilis^ sant biographe puise, glane ces anecdotes, ou prétextesd'asecdotes,dont il parsème ^seb livres. €ourt-41 un mauvais bruit sur Tun de ces messieurs , -^ vile, M. de Mlrecourt de l'enregls^ trer ; un collègue esl-il le Sujet d*mié méchante

plaisanterie,— encore un paragraphe scandaleux qui trpave auMil6t place dans la biographie actuellement en confèetion»

G*est ainsi que ce peintre oonsciencieâi étudie ses modèles^ c'est ain^i guecet incorruptible historien recueille et coordonné ses précieux docum^its.

M. Eugène Jacqyot s*€fst dit t Pour le tuf^aire, les illustres écriTains, les^n^nde politiques sont des dieux ; celui qui les connatt et les appro-' cbe, an demi-dieu, et là foute aimé beaucoup à savoir de la bouche des demi-dieux ce que sont les dieux. Prenons donc ce rôle d'intermédiaire entre la terreetrOlympeY-^-atUibuoiBS-nous cette dignité secondairei puisque nous ne pouvons préttfidre au rang sUpréme. Et pour que nos narrations aient tout l^ttrait de la nouveauté, brodons sar le canevas du vraisemblable tont rimpossible imaginable; inventons» c^est un moyen sûr d*étre nouveau et intéressant.

C'est de là qu^est parti M. de Mircc(Mirt pour nous inonder de ces petits faits apocryphes pris dans son cerveau , du teste fort imiginatif ; et arrangés pour la plus grande éditoition du lecteur sur le compte de noneiènr un tel. Tout eiy

D0U8 faisant croire qu*i] connaissait parfaite-* ment les hommes, qu'il biographait, ii a pu s'é^ baudir à son aise de tel politique qui n'a pas, TOulu rélever à de hautes fonctions, de ce malencontreux critique qui a eu le mauvais goûi de trouver ennuyeuses ses compilations romantico-historiqueSiy de certain poète qui a eu Tau- , dace de composer des vers sans lui demander avis, et finalement,— «n donnant pour de Tliistoire ce qui n'est que de la fable,*— de la fouie imbécile qui n'a jamais voulu voir en lui un grand écrivain.

«i Ah ! s'est-il écrié, vous ne me donnez pas la gl<Hre, messieurs les dispensateurs de toute renommée, vous ne voulez pas déclarer que je suis votre pair. Eh bien ! chacun à son tour ; vous m'avez sifflé, je vous sifflerai; le public n*a pas voulu me lire : que la faute en retombe sur vous^qui m'ayez déclaré mauvais ! Je dirai que vous ne valez rien non plus , que votre gloire est usurpée, et je le crierai si haut qu'on me croira.

« Tout me sera bon pour atteindre mon but.

Ah I je ne sais pas faire le roman, dites-vous; je voNS prouverai le contraire à vos dépens.

On me tfaitera de faussaire, on criera contre moi, on prouvera que je fabulise l'histoire.... Eh! tant mieux, morbleu! pourvu qu'il m'en revienne du scandale et du bruit.... et partant un peu de renommée. Sur ma foi ! chers coutemporaiDS, demandé-je autre chose?

« Vous pensez que vos démentis ralentiront mon ardeur; ah! vraiment non. Depuis tantôt vingt ans je noircis du papier, et le public ignorant s*obstine à trouver mauvaises toutes mes productions. J'ai pourtant foit tout ce que j'ai pu pour attirer son attention et flatter, ses passions, et je n'ai pas réussi à vaincre sa désespérante indifférence à mon égard.

« Et c'est lorsqu'une idée féconde m^est venue, c'est lorsque mon nom arrive à se répandre en se cramponnant audacieusement aux ailes des vôtres, que vous pensez me voir lâcher prise! Allons donc, vous voule;s rire; vous ne savez pas qui je suis. Écoutez plutôt.

« Un jour je publie une Histoire de Lorraine^ espérant voir le bon peuple de cette province recevoir à bras ouverts les annales de son pays : mais point ; on^ s'aperçoit qu'au lieu de faits arrivés en Lorraine, je raconte de» aventures

accomplies.... dans mon cerveau,— et mon histoire a moins d^accueil que le plus incolore des romans.

« Plus tard, je lance un factum contre le mer-

'cantilisme dé U. Alexandre Dumas ^ J'espérais

'fiiire du bruit, beaucoup de bruit.... et je ne

trouve aucun écho : je retombe, ou plutôt je

reste dans mon obscurité.

« La révolution éclate : je m*cmpresse de faire un roman révolutionnaire. Je chante Masanîello, le Marat napolitain, le dictateur terrible répandant le sang de ses maîtres. Hélas ! mon malheureux ouvrage a le sort de ses firères atnés : destiné à Tinstruction du peuple, le peyple ne le lit pas, — et MazanieUa^ ce fruit précieux de mes veilles, se moisit sans espoir dans les bas- fonds des livraisons à quatre sous. ' « Désespéré, Je croyais la renommée insaisissable, lorqu'une idée lumineuse m'est venue, * « Depuis deux ans le monde politique et littéraire est dans une torpeur incroyable. Les

* Selon fiou9, snoosieur de Mirecourt, c'est là votre seul titre à la sympathie des jeunes écri- Tains, si toutefois encore le motif qui vous a poussé à cette protestation n'ëtait pas le même qui vous guide aujourd'hui dans les Conjkmppf oirui.

hoounes d'État du règne de Louis-Philippe sont ou exilés, ou retirés des affaires ;*-*rallumons les cendres éteintes et remettons aux prises les passions de parti. Les écrivains célèbres trônent sans conteste, pas une voix ne s'élève pour leur disputer la palme, ou du moins proclamer qu'ils ne la méritentpas : soyons celte voix, dé* trônons les princes de la plume ; je n'ai pu les égaler parle talent et le génie,*— jo l^s acc8Jt>lerai sous les traits envenimés de la haine etde Tenvie»

« Que faut*il faire pour être lu de la foule curieuse et badaude? Du scandale;... j'en ferai. Par quels moyens persuader à la multitude que c'est la vérité, non la passion, qui me conduit? En lui répétant k chaque biographie, à chaque page, à chaque ligne que j'ai pour gui^ des ma conscience et ma bonne foi.

« Si l'on m'attaque, je me tirerai d'affaire par un trait d'esprit ou de galanterie *. Au besoin, je me ferai traîner devant les tribunaux : on en parlera. J'irai passer huit jours à Clichy : excellente aubaine, qui me donnera des airs de victime et de persécuté «.

1 V, la lettre à G. Sand, Biog. de Lamennais, • F. la lettre à Ém. de Girardin, Biog, de Samson>

a Jen*attaqufiraicepeDdaQtpastoatlemonde« Ceux dans la vie desquels là critique la plus envieuse ne peut trouver prise, ceux-là je les louerai à outrance, ne pouvant faire aulrement, —et puis il faut des contrastes. J'entremêlerai avec art les biographies élçgi^uses et œiles où J'aurai déversé tout mon venin; quand je verrai le public se lasser d'un genre, je prendrai l'autre : après Hugo,— de Girardin et Lamennais.; après Béranger,— Guizot et Musset.

cO anecdotes brodées çt. enjolivées! ù charges rislblesetridicule^I 6 balourdises saugrenues Qt indécentes, cancans sans fin et sans retenue, je vous salue! À. moi votre joyeux et sarcastique bataillon, à moi votre langue emmiellée, ou amèrè I Venez, venez à moi d'en haut, d'en bas, du palais, de l'échoppe, du boudoir ou du mauvais lieu ; quels que vous soyez, venez, j*ai pour vous tous un asile, une place da^is mon œuvre.

« De quelles délicieuses épithètes je vais vous qualifier, ô mes maîtres! de quels mignons sobriquets je vais vouç gratifier I Toi, G. Sand, —premier bas-bleu de France; loi, Janin,— gros visage naïf, gros papa ; toi Gautier^— gros gar-

çon, gros épicurien; toi/Émile de Girardin,— pierrot, Marat bourgeois ; toi, GuizoU^pédant« mannequin; toi, Thiers,*^moucheron, grotesque, grimacier, écolier jaseur, Pètit«Poucet, Bosco parlementaire, petit diable en lunettes; toi, Dupin,— Sancho Pança, comique de troisième ordre, hérisson» Brutus, commis-toya^ géur, titi, queue rouge, trbgne florissante MI! Et vous vous étonnez encore d'être pour mes lecteurs des personnages ridicules! Allons donc ! « De mes petits livres je ferai un journal qui me servira pour Tattaque et pour la défense. Dans chaque biographie, dix, vingt, vingt-cinq pages au besoin y seront consacrées. Là j'instruirai le public des prétendues persécutions dont je suis victime ; là j'apprendrai à mes lecteurs que je reçois chaque jour des lettres d'in-» jures, que Ton me traîne en prison, que Ton veut m'assassiner * 11! Tant pis pour celui qui croyant avoir acheté une biograpiiie,se trouvera possesseur d'une polémique.

« Oh ! je sais que les passions que je soulèverai seront terribles ; je sais que les hommes

1 F. les biographies de ces divers personnages. « F. la Btojf. de Scrihe.

bafoués par moi seront des ennemis mortels ; j( sais que la guerre engagée sera sans paix ni trêve; qu'on me croira payé pour fkire telle biographie louangeuse, telle autre diffamatoire; je sais que Ton ira jusqu*à me regarder, moi, comme un replâtrage des Chenu et des Delàbodde, et mes livres comme une seconde édition des leurs. Ah I peu m'importe, en vérité. Us verront si je sais rendre injure pour injure, calomnie pour calomnie. Ils auront du 11^, j'aurai du venin. Ils n'auront que ma vie obscure et sans gloire à disséquer, md, j'aurai leur existence remplie par l'agitation et les passions publiques à jeter lambeau par lambeau à la curiosité vulgaire !

M Prenez garde, vous, qui m'avez honni et humilié: le baudet s'est fait hyène et va vous dévorer! Il va se repaître de votre chair et vous arracher le cœur, pour y décourir les secrets les plus cadbés de votre àmé. »

Bravo! monsieur deMirecourt, vous êtes uq grand liomme, et vos premiers romans étaient loin de laisser présager la force de ceuï d'au^ jourd'hui.

Oui, vous avez porté de rudes coups à cer-

tains personnages, — ouï, tout ce qui peut être dit contre un ennemi a élé dit par vous; —tout ce que la haine la plus acharnée peut inventer pour perdre celui qu'elle poursuit, vous Tavez inventé....

Bi pourtant personne n'est mort sous vos coups.

Ponsard a, comme auparavant, ses admirateurs et ses sectateurs enthousiastes.

Emile deGirardio, qui n'a pas, selon vous, la moindre parcelle de talent, même comme publlciste, est encore aux yeux^'de tous le roi du journâliBfide. . '

Lamennais, quoi que vous ayez dit, n'en reste pas moins, pour nous et pour bien d'autres, lé type de Tliomaie sacrifiant tout à ses convictions profondes.

J. Jajiin se porte tout aussi bien qu'avant Tapparîtion de sa biographie ; il n'a pas maigri d^une once,^il ne se prosterne pas, il n'est pas à terre, il ne ftiit pas son med eulpà.— Il se rit de vous.— Voyez plutôt : vous espériez qu'il vous ferait un procès ; vous l'y aviez engagé» sollicité ; — pas la moindre signification judiciaire. -—Vous apercevant que le prince des

critiques faisait fort peu de cas de vqus et de. vos attaques furibondes, se taisait et ne répoa-* dait pas à votre provocation, vous avez continué à le harceler dans vos biographies nouvelles, espérant toujours un procès.— Il vous eût été si doux de vous poser en victime vis-à-vis de Janin comme vis-à-vis de Girardin I — Mais M. Janin vous laisse et vous laissera probablement dire tout à votre aise.— A ceux qui s'éton* nent de sa patience, il répond : Que Voulez-vous dire à un homme qui traiie les gens de voleurs, de lâches, de rosses, etc. ? — Lui faire un procès; Venvoyer en prison? Userait trop content, et je ne veux pas lui donner cette satisfaction. —Et M. Janin de rire et de prendre fort peu au sérieux toutes vos attaques et vos insultes.

En voulant frapper trop fort, vous n*avez pas frappéjuste, et vos coupsde boutoir sont perdus. ~ Les hommes que Ton estimait et que vous conspuez n'en ont pas un ennemi de plus, pas un ami de moins; pas une statue n'est descendue de son piédestal , pas un roi de son trône.

Vos éloges enthousiastes, accordés à certains personnages, ont produit tout au plus ceci : ils ont 6té de la considération que Ton pouvait

voir pour eux,— «t je vous assure qae je suis 3Qté d« moios admirer Hugo, quand je le vois levé par vous jusqu'aux nues.

L'encens que vous brûlez pour Pierre Dupont st de mauvais aloi, et le cbantredes Bcmf$i oalgré tout ce que vous avez pu dire, &*estpas ievenu pour nous un talent hors ligne ; — il este ce qu'il était auparavantv quelquefois lomme de beaucoup de naturel et d'originalité, surtout dans ses compositions musicales, mais presque toujours pauvre poète et maigre versificateur. Savogue, aujourd'hui éteinte,était un feu de paille; du temps où il chantait certain parti puissant, maintenantabatlu^ on en faisait un poète national;—-& présent il ne chante plus, ^on Toublie.

II n*y a pas jusqu'à ce malheureux Gérard de Nerval, dont la biographie ne fasse peine et n'attriste. Quoi! le poète illuminé, le chantre des régiûfis élhérées de l'imagination , qui n'a junaissu descendre à la réalité, encensé par votts« loué par vous I Gérard , je suis sûr que cetenoens-là fa fait mal, que ces louanges-li Vont rendu honteux ! Il ne te manquait plus que d'être évoqué par delà la tombe dans cette ri-

dieule lettre insérée âans les Journaux ^ : «Poui quoi n'es-iu pas venu à nous» frère^ à nous qu raimions? dites- vous. Nous f aurions oodsold nous t'aurions soutenu, nous aurions rafferûi la pauvre àmed'enfant et de poète! »

Âmère dérision !

Pourquoi Gérard n*est pas venu à vous ? - Voyes^vous ZoUe soutenant Homère en Tappe* knt son frère et le recevant dans ses brast

Tu nesaîs donc pas, ô Fréron, que si quelque chose pouvait nous ôter de notre estime pour Grérard, de notre admiration pour ses œuvres ce serait ton panégyrique et tes éloges. Tu m sais donc pas que tu es de ces hommes doni Tamitié tue> dont Téloge empoisonne I

Pauvre Gérard, il n'a pas môme respecté ta mort ; il en a fait une occasion de réclame î

Nous savons bien pourquoi vous Tavez écrite, cette lettre ; — c*esl qu'aucun moyen ne vous répugne quand il s'agit du succès de votre œuvre. Oh! la Réclame est une grande chose, et M. de Mirecourt,-** tout en disant que ses modestes in-52 se sont annoncés avec bonhomie et sans éclat, ^ a eu bien soin de se servir de

* V. aussi la Biog. de Ponsard,

celte marchande à double nature, qui tantôt se cache comme une femme de mauvaise vie, tantôt fait son métier au grand jour comme une' honnête femme. -* M. de Mirecourt n*a pas OBé dire par quels moyens il espérait arriva au succès : il s'est servi de la prostituée.

Dites-moi, je vous prie, ce que sont vos criti-^ ques passionnés, sinon de la réclame.

Et vos lettres à M. de Girardin./. réclame.

Et votre procès avec le même... tédame.

Et vôtre emprisonnement»., ridame.

Et votre lettre à G. Sand... r^temé.

Et Tavisoù vous nous annoncez que vous aveis été forcé de changer dMmprimeur... réclame.

Et les anecdotes graveleuses ou sentimentales dont vous brodez la vie de vos héros... rédame.

Et votre provocati(»i à u n procès de J. Janin . . « téelame.

Et cette page curieuse où vous apprenez à la France que Ton vous menace de vous assassiner... réclame^ rétlaimit

Et vos oonUnuelles protestations d'hontiéld homme, d^écrivs^n impartial, sans pa8Sion,sans colère, sans haine— r^cfame, cent fois réclame !

Vous ressemblez à ces chevaliers d'industrie

as ~

qui sans cesse vous disent : Monsieur, je suis Da honnête homme,— et vous volent tout es vous assurant de leur honnêteté.

Quand vous commencez une biographie en proclamant bien haut que « la yéritè seule est votre guide, la conscience votre unique loi, » on est sûr d*avance de ce qui va suivre, et Ton ouvre le livre avec la conviction d'y trouver encore quelqtie diatribe sanglante, quelque pamphlet sans retenue ni dignité.

Et cependant écoutez M. de Mirecourt, il vous dira modestement que sa tâche est providentielle ^ Voyez-vous ce nouvel envoyé de Dieu, ce nouveau Christ chargé de faire disparaître de la terre la fraude et le mensonge, et de montrer aux hommes qu'ils ont prostitué leur adorations &des idoles : admirez Jacquot-Messie chassant les vendeurs du temple— et se mettant à leur place!

Décidément vous vous prenez trop au sérieux ; monsieur Jacquot. Un peu de modestie, s'il vous plait, cela vous épargnera de la confusion.

Non, Monsieur, non« vous n'êtes pas un

* Vernet, p. 9.

envoyé de Dieu : vous venez d*autre part, et votre tâche qui, dans les mains d*un homme plus convaincu et moins passionné, pouvait être providentielle, dans les vôtres est une tâche de scandale et de calomnie.

Vous pouviez rendre, un grand service à notre siècle : donner â certains hommes trop peu connus, trop peu appréciés, les louanges qu'ils méritent, eux et leurs oeuvres ;—ôter à certains autres le prestige menteur qui les entoure et les faire descendre à leur juste valeur.

Mais vous n'avez été digne et mesuré ni dans vos louanges ni dans vos blâmes : le fouet de Juvénal et la lyre d'Apollon se sont changés dans vos mainsen une marotte folle et stopide, en un crochet de chifibnnier fouillant au hasard et partout, surtout dans les mauvais lieux.

lY.

OeàxA qui ambitionae le titre de biographe d« ses ooDtemporaine doit, selon nous, possédeii JUH certain nombre de qualités asses difficiles à| réunir ehc2 le même homme, surtout quandi celui-ci Tout peindre à lui seul, non quelquesl portraits, mais la galerie complète des person-l nages illustres de son époque.

Il doit : connaître de vieille date, particulièment-^ nous devrions dire intimement— les hommes dont il veut faire rhistoirê; ne porter que des jugements impartiaux, dictés par la borine M et la sincérité }--n'accueilHr et n'emk)l()yer que des renseignements pris à bonne ^Hource ;-^s'il se permet de dévoiler les secrets de la vie publique, les chastes mystères ou les scandaleuses intrigues de la vie intime et privée doivent lui imposer silence;— son style est tenu d'être toujours digne, sinon toujours sévère;— enfin, l'histoire ne doit pas être pour lui une mise en scène théâtrale où les personnages entrent, marchent, sortent, parlent, gesticu-

snt^— sérieux ou badins, graves ou ridicules u gré de l'écrivain leur distribuant de$i rôles e fantaisie.

Sans ces qualités le prétendu historien n'est [u'un romancier^ condamnable en ce point que également et moralement il est défendu de )rendre pour héros de contes imaginatifs les lommes dont rexistemce inachevée n'est pits mcore devenue la propriété de tous en s'incorporant au vastedomainedes souvenirs historiques

Il n'entre pas dans notre cadre de réfuter M. de Mirecourt fait par &it, biographie par biographie; oe serait un travail trop long et qui demanderait, nous l'avouons, de trop grande* recherches,

Qtt^a^s exemple» ou Stations nous servie ront k démontrer sans réplique possible que M. de Mirecourt n'a aucune des qualités de Thlstorien et que, par conséquent, son histoire des hommes au xix« siècle ne doit être considérée que comme un roman plus ou moins agréablement écrit,

M. de Mirecourt connatt-il à fond Les hommes dont il fait l'histoire ?

Nous rayons dit et nous le répétons, M. i ' Mirecôurtn^en connaît presque aucun : 6. Sai a déclaré n^avoir jamais vu rauteur de sa bi graphie; il n'a parlé à J. Janin qu'une seu fois ; E. de Girardin, A. de Musset, Scribe, Poi sard, etc., ne le connaissent pais.

M. de Mîrecourt a cependant la prétention c faire une histbiire des hommes du xix« sièck tellement complète que pas un fait littéraire o historique ne lui échappe, pas un jugement d soit porté à faux. Il avance cette prétention dao: la biographie de Ponsard.

' Or, prenons celte biographie de Tonsard e voyons:

Vous nous parlez longuement de Luerèee "Ù* Agnès y ûe Charlotte , à'^Ùlyêse^ d*Bor(ue ei lAJdie^ de VHonnew et FArgent, toutes œuvres eti vers et— moins une — de longue haleine.

Mais tout le monde connaît' cela aussi bien, biieux que vous peut-être, et vos appréciations, ies unes très-justes, lés autres amusantes, sont, je Ta voue, la moins mauvaise partie de votre brochure.

Mais puisque vous réussissez si bien en ce genre, pourquoi ne nous avoir rien dit de :

Molière i Vienne^ comédie en 4eux actes el en prose dcF.Ponsard^ représentée pour la première fois sur lé théâtre de Vienne (en Dauphiné), le 9octObrc 1851 ?— Ce n*est pas vieux, Monsieur, vous le voyez; ce' n^est pas secret : la soirée é.tait publique, ella pièce est imprimée tout au long dans le Journal dé Vienne du li ocM)iH«/t<^l , que nous tenons â votre dispoç^on.

ijne comédie en prose de Tauteurde CharMtê Corday, cela^ certt^s, valait bien la. peine qu'on y prit garde, n'eût-ce été que pour la rareté ou la singularité du fait. Vous prétendez, d tous avez raison, que Ponsard n'est pas organisé pour travailler à la vapeur; quelle belle occasion vous aviez là de le prouver pièces en main, en détaillant, analysant cette espèce de parade» écrite et représentée en moins de huit jours. Vous qui définissez Lucrèce — une version latine élégamntenê iraduHe^ qui en trouvez Fauteur toujours terre à («rre, et lui rellisez toutes les facultés créatrices du génie^ que vous auriez été beau à voir crachant sur ce pastiche de rapin signé d'un nom célèbrâ !

Vous eussiez raconté comment Ponsard avait eu la velléité d*écrire cette bluette malencon-

treuse; vous Cfassieis montré les bons drapiers de Vienne riant, quelque peu à regret, presque autant de Fauteur que de la mauvaise plaisanterie, pompeusement décorée du titre de comédie, quMl ne s^est pas fait scrupule de leur servir comme un plat assez bon pour eux.

Ah! oui, Tanecdote aiguisée par vous^ affilée de votre] mieux, aurait eu du piquant. Mais, dites-vous, r&necdote, je ne la savais pas 1— Vraiment! hé bien, tant pis!.... Nous vous dirons alors ce que vous disiez naguère à Gérard de Nerval.... après sa mort:— Que n'et^tu venu à nous, frère!,,., La circonstance n*est peut--ètre pas sans quelque analogie; c'est pourquoi nous ajouterons, comme vous encore : H est trop tard l

. Voilà, monsieur de Mirecourt, comme vous connaissez la vie publique de vos héros 1 7 «Au sujet de la prétendue promenade de G. Sand et de Lamennais dans la forêt de Fontai* , nebleau, vous vous êtes fait donner un démenti | tellement formel, que vous avez été forcé dei courber la tête :— un tel acte de votre part montre bien que vous étiez à bout de ressources*

11 n'est pas eu effet de tour de force que n'eiér

oute M. de Mirecourt pour se tirer d'aSItires; I) avance que G. Saûd a dit à propos de Lapneo-* nais : U me gemble que foi connu lé diable,- G. Sand déclare que jamais pareille i^raae n'est sorti de sa bouche. — Si M^* Sand n^ Va pa$ dit, eUe Va pensé^ vous répond avec le plus grand sang^froid If. de Mirecourt. EtToilâ^ comment se forge l'histoire. C'est en Térité un moyen trè&*commode, que nous engageons les historiens ftitura à mettre en pratique*

L'auteur de Lélia a relevé plus de vingt faits complètement faux dans sa biographie» et M.de Mirecourt n'a pu en aucune sorte justifier ses assertions mensongères.

A tout prix M* de Mirecourt veut faire des phrases ; il vise à l'effet et n'épaiigne rien pouir impressionner le lecteur. Ainsi dans l'exemple suivant, il est bien évident que M. de Mirecourt a sacrifié la vérité et la logique au désir qu'il' avait de rendre son héros intéressant.

Voici ce qu'il dit de P. Dupont (p, 8) : « Joqfint avec un petit gargon, il le renversa par mégacdt du haut d'un marche-pied : la tôte de soQ camarade alla frapper contre l'anglQ d'un mur ; le malheureux enfant expi^ 6ur*le«champ. 4

peine si Pierre avait trente-deux mois lors de ce fatal événemeat. Son enfance fut couverte d'iui voile funèbre, et son caractère prK une teinte de mélancolie que toujours il a conservée pat la suite. »

Un enfant de deux ans et demi ne peut évi* demment comprendre ce qui se passe devant laiy au point de subiripendant toute sa vie Tinfluence de Timpression reçue à cet âge.

L'histoire des douze grands dieux et de Tapôstasie de P. Dupont nous parait tout aussi croyable, tout aussi possible. Du reste, pour nous et pour bien d'autres, Tenfance et la jeu* nesse de P. Dupont (d'après M. de Mirecourt) ne font qu'un roman, roman fort bien fait assurément, et que le héros se gardera de rectifier, par cette bonne raison que les éloges sont bien rarement déipentis par ceux à qui on les donne. G. Sand a eu cependant ce courage.

L'impartialité, a dit un critique célèbre, est la première et la plus imp(»rtante des qualités du biographe.

Voyons si M. de Mirecourt est impartial, sincère et de bonne foi.

Ob, monsieur de Mirecpurt, nous IHtvoaoïis, notre iftohe est facile, et il se rencontre dee moments où vous n^étes pas un adversaire bien redoutable.

Ah I vous éles de bonne foi, la vérité et la sincérité sont compagnes inséparables de vos jugements!

Et qu'est-ce donc, s'il vous plaît, que votre histoire de Lamennais, sinon une longue injure sortie de bas lieu, un pamphlet où la passion se met à la place des faits, le mensonge k la place de la vérité?

La plupart de vos biographies sont de mau-

vaises actions; celle de Lamennais est un crime.

À genoux, calomniateur, etdéoouvre-toi.

Humilie-toi, profanateur de tombeaux et

demande pardon à la victime que tu as choisie.

Si tu ne Tas pas tuée, assassin de Fhonneur,

c'est que le poignard de ta hainfe s'est émoussé

contre un pur diamant, c^est que l'homme que

tu attaquais était invulnérable.

Non, Lamennais n'est pas tombé; il est vivant dans nos cœurs, et nous sommes là pour procla^ mer l'admiration et le respect qtie nous portons & l'écrivain sublime, au grand citoyen.

, Tu as pensé avoir bon marché de rhonneur â'ÙD mort, mais la réprobation dont tu voulais )e couvrir est retombée sur ton œuvre.

Je me suis trompé, diras-tu ; personne n'est infaillible.

' Les actions de Lamennais, sa mort même parlent assez haut, et pour le conspuer ainsi, il il faut être aveugle, Monsieur. Or vous n'êtes pas aveugle, et c'est la haine et la passion qui ont parlé par votre bouche.

Vous êtes de bonne foi , et vous faites de Lamennais un vieillard sale et crasseux, aui souliers éculés, quand chacun saitque Lamennais, sans être pompeusement vêtu, était d'u^ne propreté excessive, et soigneux comme une femme de ses habits et de sa personne.

Yous êtes de bonne foi, et vous nous dites effrontément que Lamennais a signé de laMênfm$ jusqu'en 1848,-«laissant entendre par là que l'auteur du Livr9 du Peuj^ n'a retranché la particule que pour se donner des airs de sans^ulotte iorsde la révoiution,---^uand nous voyons Tédition des Par^ûi â*Mn Croifont im^ primée en 1856 portant. son nom sans la par^ ticule et .en un £teul>mot; quand noiis avons

entre les mains une lettre de lui, écrile en 1844, et signée F. Lamennais, Nous vous donnons copie de cette lettre, écrite dans Tombre des relations intimes et sans aucune prétention à la publicité future. Tâchez, si vous pouvez, d'y reconnaître le prêtre orgueilleux et haineux que vous peignez sous de si noires couleurs.

Il est prisonnier à Sain te -Pélagie ; une damQ lui envoie des fleurs, et joint à ce gage éphémère d'amitié une petite coupe de cristal, où sont gravées, croyons-nous, les initiales du vieillard, qui l'en remercie en ces termes :

ft J'ai été, chère Madame, bien touché de votre souvenir. Mais pourquoi autre chose que des fleurs ? Elles ressemblent à ces douces aSections qui répandent comme un dernier charme sur la fin de ma vie laborieuse et triste. Je prie Dieu d'écarter de la vôtre ce qui ne l'a que trop remplie jusqu'ici : les souffrances, les peines, les soucis du présent et de Tavenir. Le courage qui supporte tout n'empêche pas de tout sentir, êl un peu de repos vous serait bien dû après lanV d'épreuves.— Agréez mes Voeux avec Tqxpfession de mon inviolable attachement.

14 jwllet lft44. u p: LamiHNAIS. « :

iSon; en vérité, monsieur de Miiàaourt, on ne reconnaît pas là rfoomme pétri de fiel et de venin dont vous nous avez parlé.

Un jour de printemps» un malin, la m^me dame va faire visite an captif, comme il était encore à Sai nie -Pélagie ; en entrant dans la cellule elle le trouve buyant une tasse de lait froid; sachant combien lés breuvages froids sont nuisibles à la santé chancelante du vieillard, la visiteuse le tance vertement sur le peu de cas qu*il fait des pres^riptkms^ de la Faculté, quand il n'aurait qu'à allumer un peu de bois pour s'y conformer.— « Ah! c'est que, voyezvous,— dit alors pour se justifier le prêtre tn- /îimc,— il y 1^ en dehors des petils oiseaux 'qui ont fait leur nid vers la sortie du tuyau de mon poêle, et je me suis aperçu que la fum<^e les dérange quand je fais du feu. »

Satan parlerait-il ainsi. Monsieur» et celte réponse-là n'est-elle pas plutôt d'un ange ou d'un enfant?

Si par hasard il vous prenait envie de mettre en doute l'existence de la lettre ou la vérité de Tanecdote, nous tenons à votre dispo-

Bilion celle lellre, el vous ferions racpnler ru* necdote par une personne devant laquelle vous seriez fier de vou3 incliner.

M. de Mirecourl qui a, dit-on, fréquenté quelque temps Técole de M. Ingres, connaît la loi des contrastes. Celte loi, commune à tous les arts, est on ne peut plus habilement observée par lui. 11 sait rapprocher )è laid du beau, Tombre de la lumière. G^est à cela que nous devons Tadroite disposilionjdu groupe où il peint G. Sand velue d'une élégante et fraîche rdbe blanche, donnant le bras à Lamennais couvert d'habits crasseux et râpés. Il mel Fange à côté du démon, pour que celui-ci nous paraisse encore plus hideux.

C'esl encore par la même raison que» dans le ménage Girardin, monsieur est le plus vil^ le plus méprisable, le plus hargneux des hommes *,' madame, la plus belle, la phis douce, la plus spirituelle, la plus célèbre des femmes.

Quel gré Delphine doit savoir à M. de Mirecourt de son long panégyrique! Car, en vérité, c'est bien dans le but de rendre justice au talent de la dixième Muse qu'il a brûlé tout son encens, et certes il n'a pas eu le moins ^u

monde en vue nm sanglante mystification coi^ jttgâle. ' I

Que vous deviez èlre content, 6 jésuite! eil pensant que Delphine, par un amouir-proprij bien naturel à une femme, n'ose dire du mal d Vous, tandis que son mari!...

M. de Mirecoûrt nous initie, du reste, à cetta partie de son art, au commencement de la biographie de Lacerdaire, séraphique Ariel, donl Lamennais est Tignoble Gaiiban.

' M. de Mirecourt dit dans sa biographie dfl 6. Sand (p. 61): «Ceux qui sont victime^ d*une institution sociale ont le droit de se réj voiter et de se plaindre ; autant vaudrait dire qu'il estdéfendu à un malade de crier au mllieq de ses souffrances. »

Ailleurs il n'a pas d'expressions assez violentes, de dédains assez amers pour caractériser la conduite de M. de Girardih prenant eo haine une société qui lui interdit de porter le nom de son père et oppose à son élévation, dans la vie sociale, une barrière presque insurmontable, parce quMl est enfant naturel.

Là coniradiction est-eiic assez évidente?

îl reproche à M. Scàribe (p. 65) de ^ s'appH-

>uer à rester au niveau de son public, de tra^ ailler sciemment et par calcul pour la foule. » fEn flattant par calcul les goûls du vulgaire, )oute->t*Ll, on travaille exclusivement pour la ottise présente. )>

Plus loin, dans la biographie de M. Dupin p. 91), il écrit : « Nous avoaons en toute fran^ ibise que, depuis le jour od nous avons eu le nalheur de devenir homme de lettres, nous l'avons pas écrit uneligne, imprimé une page, mblié un volume, sans nous demander si kd igné, la page ott le volume pourraient pktirtf m lecteur. »

Il dit dieins la biographie de e.'Sand (p. 6i) : I Quant au reproche d'immoralité qu'on adresse mx œuvres dé G. Saiid, nous le croyons trèsnjuste. »

Bt dans Balzac (p. 45) : « Quand on compare es femmes de Balzac aux femmes de G. Sand, )n y trouve la différence qui existe entre la ^ine logique et le paradoxe, entre la vérité et le mensonge. Le premier moralise, la seconde Uteini un but absolument contraire. »

C'est que, lorsque M. de Mireoourt a composé la biographie de G. Sand, il espérait se faire un

ré I6|

appui de lUllustrebat-^/eti» tandis que, lorsqi a écrit l^bistoire de Balzac, il avait essuyé dédains méprisants de M>»« Sand« et qoej selon lui, la vérité doit eéder la place à la veD| geance.

Nous, soyons dans V. Hugo (p. 45} : « Cetl maiime : Tart pour Tart, est une sottise, dont les ennemis de Y. Hugo peuvent seuls réclame^ la découverte. »

Et dans Meyerbeer (p. 77) : « lieyerbeerl fait de l*art pour Tart » et, ajoute-t-il , c'est pour cela que Meyerbeer est un musicien su-l blime.

Bsi-il possible d'expliquer une telle incon stance dans les décisions du même bomme, e{ de concilier une telle versatilité d'esprit avec la prétention au rang déjuge suprême?

— Rachel, selon son biographe, qui se fâcherait si Ton doutait qu'il est dans son bon sens, Rachel est « une statue, un écho de ses professeurs, elle ne devine rien ; seule et sans secours elle n'a aucune force créatrice. »

Rachel !— une Juive tant que vous voudrez; mais Racbelf un jn^rument, une machine qui ne fonctionne qu'autant qu'une' ingénieuse

|lincn a disposé et tendu les ressorisîK.; ^monsieur de Mirecourt !

.Quel terrible arrêt tous avez porté contre fus lorsque vous avez dit : « Ecrire Thistoire vante en subissant Tinfluence d'une passion |elconque, d*une haine ou d'une colère, serait ^ crime ! » (Thiers, p. 7.)

Le plan adopté par M. de Mirecourt est-il

pionnel?

Certes nous n'avons pas été peu surprisquand

fus avons vu M. de Mirecourt annoncer que

acuhe de ses biographies aurait invariable-

mt quatre-vingt-seize pages.

[usqu'alors nous avions toujours cru que

tnger, Rachel, Balzac, -6. Sand, Y. Hugo,

itaient quelques lignes de plus que P. Du-

nt.RoseCbéri, P. deKock, D'Véron, Scribe *.

Nous pensions aussi que la vie des hommes

li se sont trouvés mêlés aux affaires publi-

les et dont Texistence a été une lutte conti-

lelle, demandait une biographie plus étendue

le la vie des poètes ou des penseurs passée

I Noufr n'entendons pas pour cela dire (jue ces imiers sont dépourvus de talent.

rr:- 46 —

^ans rétude ou la retraite; ainsi nous aurioi vu sans étonnement l'histoire de Thiers, < Guizot, de Girardin, occuper un plus grai nombre de pages que celle d'A. de Musset, \ Félicien David ou de Ponsard.

Nais M. de Mirecourt en a jugé tout aulTj ment. Chacun le comprend : la publication d< CorUemporains est une entreprise éminemmei commeopciaie; or Tauleur a pensé que des voli mes, tous de la môme grosseur et du mén prîjc, renfermant chacun rhistpire d'un homo frapperaient davantage la vue du promenei par leur uniformité et attireraient rachetei bien plus qu'une publication par livraison laissant quelquefois le récit interrompu .4 piilieu d'une phra^se. j

Or qu'est-il résulté de là ? j

Que M. de Mirecourt a été obligé d'employ< tous les moyens imaginables pour arriver remplir son cadre^ trop vaste dans certaine circonstances.

Ainsi nous le voyons dans P. Dupont inveo ter tout un roman sur la jeunesse de son bérc pour arrivera cette maudite 96« page.

Dans Déjazet il prend, des Mémoires de Maria

k Lomi6,.fW6 anecdote de quatre pages, pour à mettre dans la bouche de son héroïne (il aous dit à la Tôrité que Tanecdote appartient kractricedu Palais-Royal et qu'il la lui avait empruntée pour Tattribuer à Marion : cela trouverait alors que M. de Mirecourt est un romancier de bien peu d'invention— et nous KLvons de reste lecontraire).~tMais la 96» pagel

Dans Félicien David, treize pag^s, c'est-à-dire la septième partie du livre, sont consacrées à faire l'histoire des Saint-Simoniens, et trente pages— le tiers du volume-yà raconter la part )qu'a prise pendant un moment David à l'œuvre Idu père Enfantin. A quoi bon développer si lon- {guement une partie qui ne nous fait en rien Iconnaltre le musicien? Quelques mois làdessus sufûraiei^it.— C'est qu'il fallait 96 pages.

Quel rapport ,y a-t-il entre M. Dupin et cette absurde histoire (les réverbères éteints, parce que les Cosaques en avaient employé l'huile à assaisonner la salade?— C'est qu'il fallait 96 pages.

Pourquoi ces longues lettres qui font de §e§ livres un journal et qui arrivent si à propos dans les biographies trop longues, quant au

cadre, de Samsoiif de Ponsard, de Th^ Gautier de M"* de Gtrardin, du baron Taylôr, do A. d( Musset, de Scribe* ?>-G*est qu'il fallait 96 pages

Dans la biographie de Samson nous trouvooi dix pages consacrées à nous raconter coramenl Alt changé le dénouement de la BtUe^mère et h Gendre, et sept pages appartienneDt à M. Dumas. Qu'y a-t-il dans ces anecdotes qui puisse notfs montrer le talent du comédien-*poête? Dans Tune il est beaucoup parlé de Picard, Andrieui et Wailly; dans l'autre du romancier célèbremais fort peu de Samson.— En ajoutant à ces 47 pages les i6 pages de lettre à M. de Gintrdin, il reste 53 pages pour la biographie de Samsoc — un peu plus de la moitié.

La biographie de P. Dupont renferme plus de trois cents vers de citations, ce qui compose 16 pages ou le sixième du volume. — Autaot valait nous annoncer les œuvres choisies de P. Dupont.

Et dans Janîn remplir quinze pages à nous raconter des sornettes de la fçrce de riiistoire du chien et de la futaille de vin enlevée, c'isl

■ > L'une de ces lettres — dans Théophile Gautier" viog^t-quatre pages, le tiers du volume.

par trop se moquer du lociettT'et lut montrer trop claîremeot qu'il faut à tout prix arri? er à la 98« page.

Le style de M. de Hirecourt est-il bien approprié au genre d*ouvrage qu'il a entrepris t

Ger^s nous ne sommes pas de ceux qui refusent de voir dans la phrase de M. d^ Hirecourt la moindre parcelle de savoir-faire : loin de là, nous reconnaissons dans son style une allure cavalière et dégagée» nne marche facile et naturelle qui n'est pas sans charme, ci qui le fait lire avec plaisir et sans effort. M. de Mirecourt sait amener une anecdote avec tout Tart imaginable, une situation intéressante avec une adresse merveilleuse; il est encore plus habile quand il s'agit de broder cette anecdote ou cette situation et de Farranger de façon à lui faire prodiiire tout Peffet possible.

Mais faui-il en conclure que M. de Hirecourt a saisi le style historique?— Non, certes, et quoique, dans certains cas, le genre biographique permette plus de laisser-aller et de négligé dans TeipressioTi , il n*en est pas moins vrai que

H. de Mirecourt sent bien plus le romancier 4ue rhîstorien ou rhomme sérieux.

Evidemment on ne croirait pas que les Conlemporains sont l'œuvre d'un homme sérieux, quand on y lit cette ridicule charge xlu. Marseillais et du collégien (Musset, p. T7) qui n*a pas même le mérite de la nouveauté.

Et cette histoire , plus bouffonne et plus ridicule que toutes les autres : Un soir, dit-il, Ponsard avait perdu sa culotte au jeu ; ôû pria les dames de sortir, afin que le perdant pût s*exécuter (Ponsard, p. 83).

Comme c'est vraisemblable, comme c'est spirituel!

• Quelle ignoble plaisanterie à propos de lamartine : «C'est, disent de méchantes langues, un autre Platon qui fait de l'esprit avec Aspasie, mais qui ne peuple pas la république.» (Lamartine, p. 48.)

Un journal— et ce n'est pas peu dire— refusetait d'insérer dans ses Nouvdlts diverses Tanecdote de Déjazet et du commis-voyageur (Déjaïët, p. 42.)

— ^M. de Mirecourt, en voulant à toute force étee piquant, tombe Souvent dans le miiuvais

goût et la triviaiité.-^A!nsi cette phrase k piV pos de M. Dupin, de de Girardin, Janih : «Tout ce qui rime en in nous porte malheur. »

(Vemet, p. iO.)

Ah! de grâce, Monsieur, gardez pour vous votre esprit et ne nous faites point part de vos ingénieuses réflexions quand elles seront de la force de celle-ci!

Et encore : « Laiitte arrive à la présidence du conseil avec M. Thiers dans sa poche. » (Thiers, p. 46.) C'est du lu vénal! >

Au beâoin il descend jusqu'au calembourg :

11. Thiers se présente à Manuel au moment où œ deniieïr'est arrêté : «Gomment vous appelez-vous ?^ demandé lecélébre tribun.— Thiers lut donne son adresst. A aucune époque de s^a vie le petit homme n'a perdu la carte. » (Thiers, p.i6.)

Quelles sont les sources où puise M. de Mirecourt?

M. de Mirecourt moissonne abondammeÀl dans les romans des auteurs dont il fait là biographie et, de parsa raison infâi41ible, il déclahî

que tel ou tel passage se rapporte à la vie de son héros;

L'histoire de la jeunesse d*Airred de Musset est basée en grande partie sur la Confession €un Bnfani du siècle.

Celle de Gérard de Ner?al sur Sylvie et Lorely.

Celle de Balzac pour bien des détails sur Louis Lambert.

Celle de Girardin sur Emile.

Celle de J. Janin sur VAne mort et les Contes nouveaux.

Celle de G. Sand sur les Letlres d'un Voyageur, Lélia^ Indiana, le Secrétaire intime^ etc.

En écrivant Thistoire des hommes d'après leurs romans, quand bien même on saurait que ces romans ont trait à quelque aventure de Tauteur» on ne peut faire ainsi de l'histoire que par à-peu-près.

M. de Mirecourt aime beaucoup à prendre ses renseignements dans les petits journaux satiriques qui paraissaient dans le temps sous les noms de la Silhouelte^ le Figaro^ la Lorgneile^ etc.

Sans nul doute c'est à quelque feuille de chou politique ou littéraire que M. de Mirecourt dojt

de savoir que M. IHipin a passé en juillet 1^50 trois jours au bain,— que Balzac a dédié ircmiquement à Gr. Sand les Mémoires de deux Jeun$s mariées.

Il est ceilain que Déjazet elle-même lui a raconté rbistoire du maire de Gaen (D^àzet, p. 64),— et la conversation de Royer-Collard et Guizot (Guizot, p. 27) aura été sténographiée, nous en sommes persuadé, par quelque mystérieux habitant des cheminées tournantes.

Une source où puise fort souvent M. de Mirecourt est monsieur un tel, madame une telle, un de nos amis, une femmed*esprit, etc.— C*est encore un des grands moyens qui lui servent à faire passer toutes les injures possibles; — de même qu^il a soin de dire en certaines occasions, après avoir raconté quelque anecdote bien scandaleuse : Certes nous sommes bien loin de croire à pareille chose de la partde notre héros. L^effet n*en est pas moins produit pour cela, et le soupçon mis dans Tesprit du lecteur.

Basile!

Nous pensons que la vie intime» la vie de famille des hommes ne doit jamais être livrée à la

(QUiiosik^ toujours avide du publie, — surtout quand les révélatioos doivent faire revenir sur .5;elui qui en est Tobjet le mépris ou la déconsidération de ses contemporains.

> 11 de Mirecourt affirme, déclare qu'il pense comme nousr mais il ne le prouve goère.

* . Il dit dans la biographie de Méry (p. 84) : « il nous sera peut-être permis, un jour, de soulever le voile qui recouvre de doux mystères : nous raconterons alors comment Méry a été Thomme Je.plus aimé et le plus digne de Tètre. » . Jl reconnaît là qu'il ne<jk)it pas toucberâkla vie :intime, et s'il le reconnaît à pippos d'un bomme ,doat il fait Téloge, pourquoi n'agirait-il pas de .même envers celui dont il attaque les œuvres ou blàxm la vie politique?

^ Il dit encore dans labiographie de Méry (p. 93), ,au:sujet d'Alexandire Dumas : « Nous avons eu un tort, dont la colère ne nous lave pas, celui , d'attaquer TbOmioe. »

. ;. Mais» comine.Qn Ta vu, la contradiction est

chosecoutumièrechez M. de Mirecourt,— etnous

le voyons soulever sans respect ce voile qu'il dit

être sacré ^mt lui. Les biographies d'£. de Gi-

i^ardiOr de é< Saxid,de6uizot, d'A. de Musset, de

DupiQ)deThiers»deJJanin,âe Th. Gautier» s^nt là pour témoigner en faveur de notre assertion,

Oui.certes, monsi6urideMirecQurt,yQusviole^ la loi que vous proclamez vous-même, quand vous nous apprenez le secret ^scandaleux de 1^ naissance d'É. de Girardin; quand sur 1^ ii^ d'un roman vous créez l'aventure des amoursd^ G. Sand avec un armateur de Bordeaux,, à (jui elle va se livrer comme la plus éhontée dès.lbrettes ; quand vous trahissezlçsinfidélitée co% jugales de M. Gulzot» — et lorsque vous taçb^ les pages consacrées à }i^^ de Girardin d'uO'Ç ignoble allusion que^ Dieu merci, tout le mondç ne comprendra pas!

Oui, prétendu historien, vous vous conduisez envers les hommes vivants comme lait le ppëte ou le ronoancier avec les personnages qu'il ea- Ainte.— Èlres fictifs, ce sont pour youd des in^ struments de succès; ils n*ont ni vos respects, ni votre reconnaissance, ni votre gratitude, . £q voulez-vous la preuve? Nous allons vous la donner.

Ce sera la dernière partie de notre réfutation du système déplorable que vous avezcru à propos d'adopter.

Dms la biographie de Ponsard i, vous nous parlezbeauGOup,!cela se conçoit, deCh. Reynaud, le déwmtfêimt incamé, V enthousiasme fait homme, — coiifr généreux et noble ^ âme d'élite s* il en fut^ qui eomaera sa vie tout entière à son ami, de Ch. Reynaud dont Ponsard avoue être' l'œuvré: Yousnous montrez cebrave,ce courageuxPylade aux prises avec les obsiacles d^une réception au second Théâtre-Français, abordant de face toutes les difficultés, récitant partout, à toute heyre, à tout propos, les scènes de Lucrèce -, se j'dîsant le chaoïpionje preneur, le propagateur de Toeuvre nouvelle, organisant le succès, le triomphe et ne se reposant enfin qu'après avoir assuré à son

Une particularité relative à M. Ponsard nous prouve que M. de Mirecourt n'a jamais connu aucune personne vivant ou ayant vécu dans l'intimité de l'auteur de Lucrèce , car il saurait que celui-ci est appelé par ses amis, non pas François, mais Francis, — Ce petit fait serait peu significatif s'il s'agissait d'établir l'identité d'un prénom à terminaison variable ; mais il n'est pas, croyona-nous, sans portée, si Ton- veut démontrer 4e peu de fondement .des prétentions de familiarité que M. de Mirecourt affiche à l'égard des hommes dont il écrit l'histoire.

lier poêle le trône ineonlesté de Téooie dite 4a on sens.

Jusque-là, MoDsieurtVous atez ftdtTOtre ^oir, puisque vous vouliez ^es biograpU^s de layuaud et de Ponsard n*en faire qu*une; eeltc poque de la vie de Reynaud areçu de'par votre nain toute-puissante le rayon de gloire qui lui evient. Mais votre dette envers lui, votre dette le biographe sincère et scrupuleux n*était pas icquittée ainsi ; vous le savez, Gh. Reynaud Kt mort, il y a quelque temps, mort à trenteleuxans, lorsque n'ayant plus rien à foire pour llustrer son ami, il allait, poêle lof-méme,

. . . .Consacrant aux œuvres personnelles 'ardeur qu'il dépensait aux choses fraternelles Conquérir pour lui les bravos *.

la môme chanté avant de mourir et

La muse, à son appel docile, i retrouvé pour lui la flûte de Sicile Où Théocrite soupirait.

Eh bien, cet homme sans qui Ponsard aurait leut-ètre fini ses jours dans robscurité du bar-

* Ponsard : élégie sur la mort de Ch. Reynaud.

TKm vienaois, cet homme, rexnorquable à plti d'un titre, dont la vie était si intimement lir à celle de votre héros, quand vous n'en av plus besoin pour animer votre petit drame pi o\x moins vraisemblable, pour déprécier Po sard et en faire une intelligence bâtarde, vou| le repousses froidement dans Tombre*

Un simple petit renvoi au bas d'une page ap preqd au lecteur que ce fidèle camarade — re piarquea camai'ade — qm Pomard pleure^€s^ mor U y a dix-huii moi$.

Rien de plus! convenez que c'est bien ma récompexis^ le rôle tout d'abnégation qu'il joa et devait jouer dans votre comédie historique.

Oh! vous allez m» répondre : Je n'écris; pdi la biographie de Reyuaud. — Soit. Mais toui écrivez celle de l^onsard. Ces deux hommes ne faisaieibt qu'un; vous les aviez d'abord trq étroitement groupés pour les séparer aussi lé^ gèrement ensuite. . ^

J'indique la mort- de Reynaud, direz-vous.-j Oui. Mais à propos de cette mort, que fait Pon sard?—// pleure. Eh! Monsieur, qui ne pîeun pas un ami? Mais Reynaud était-il un ami or dioaire? Ponsard s'est-:-!! conteQtéde répandr

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br sa tombe quel4]ûifiS-ttBes, dâ cas latmesliiF^ Wes et presque olllcielles dont la souceé est ientôt 6piiisée^«*--Vous n*aTe« pas voulu dire is honneurs- ifUnèbres readas à Vintéressant Iftfunt par sâf patrie en deuil; vous n'avez pas hi é^oir reproduire qoelques-ufies des belles laroles d^adleu que Janin a prohbocées sur les iendres du jeune poète, (}u*il s^était cbargé de lamener à sa mère ;— libre à vous, Monsieur; i*eût été sortir de votre sujet et donner un éloge kJanin.

^ Mais puisque vous diercbez les traits satHants le la vie intime de Vos héros, pourquoi ne pas

E^naler avec plus d^intention la douleur vraie profonde de l'auteur de Lucrèce? pourquoi ne s attester cette affectueuse gratitude d*u& hrand écrivain? pourquoi, lorsque vous citez les fers où il est parlé de Reynaud, n'en pas indiquer rorigin6?*-LA belle, l'émouvante élégie que la muse du tragique a pleurée sur la tombe 96 Reynaud n'est-elle pas, au reste, la seule pièce de poésie détachée que Ponsard ait publiée lepuissa venue dans les hauts parages du inonde littéraire? Dans cette œuvre n'ft-t*il ps/s versé tout son talent et tout spa coeur, et ne

deTiez'Voos pasà Thonneur des leUres.de mi le^plus possible en relief les hauts sontimi reconoaissants de Tan des: deux amis ea fat dévQuemen.t sia^s, bornes de Tautre?

Pourquoi ne.Payez-yous ppin.tfait?-*Gh !

que cela n*est pas dans votre programme.qu'il vous faut à vous, monsieur le caricaturû ce soqtde grQlesques ridicules à fusiner sur^ mur. eomplaisant.de la badauderie vulgaire, i sont des jeux de mots à relever de terre pour h lancer de nouveau. Carabin d*abattoir, lesiibrl pfQfoodes du: cœur humain défient les gamine ries dé votre scalpel étourdi; vous disscqui pour voir palpiter des chairs et vous faire r( mioiiuer ensuite en montrant vos doigts macuk par cette repoussante distraction I

Qh! ne vous posez pas en docteur, Monsieui en aspirant & la science.; nous savons trop bie que ces titres ne vous sont pas dus!....

Non, monsieur de Mirecourt, vous n^avez e ni rintention de faire une œuvre bonne • durable, ni lés facultés nécessaires à Taccon plissement d'un semblable dessein.

Tous avez spéculé, non sur P&stime et la n

hnaissûoce do vos lecteurs, mais sur la cré* lité des boanes gens et les sympatbies^ meniises de la foule médisante.

Vous avez élevé une pyramide de jèujoux viatiques à cinquante centimes là pièce, iand vous pouviez édifier un monument diargé Inoms illustres et signé du vôtre, qui se fût bsi trouvé rehaussé par l'heureuse union con- Ictée; — vous deviez moraliser et instruire, lus avez trompé et fait rire. — Vous deviez fe noble, sérieux, réservé; vous avez été has^ K*lesque, indécent.— VouS avez Tait d'un r6le

Eve et utile une pasquinade vulgaire et impuue.— Vous avez fait d*une mission délicate ) folie de carnaval ;-^i'une veille d'étude ie nuit d'orgie. Vous avez emprunlé le stylet tPlutarque pour écrire une harangue de Vadé ; lelle pinceau de Van Dyck vous a servi à poher une charge de Nadar.

Vous pouviez acquérir la considération et la loirji,et.votts n'avez recherché que le scandale [le mépris;— vous pouviez être grand, trèsrand même; vous avez été petit, infiniment élit.

Oh ! pourquoi, pourquoi » monsieur de Mire-

court,' avoir préféré aux douoês jouissan d*aQ tnmiil sérieux et calme, à Fespoir ThoBorable succès littéraire, le fiévreux en tameot des élucubratioiis débraillées et viles spéculalioDs du mercantilisme?

Pourquoi? — Oh 1 c*est que vous n'êtes moinsqu'un littérateur; c'est que le saint ai du beau, du vrai, le culte sacré île Tart n' jamais réchauffa votre âme de marchand ; c' que vous n*avez Jamais plané dans les sphèil élevées du génie, ou hanté les régions trM quilles de la science; — c'est que vous écrivi avec la main toujours, avec le coeur jamais.

C'est que vous ne rêvez pask Pantàéon apJ votre mort, mais la Bourse pendant votre vi«

C'est aussi pour cela que, dans le temple * i'Immortalité, vous n'aurez jamais la puissan de faire abattre ou élever les statues des hoo mes que vous ne pouvez ni servir par t éloges, ni dénigrer par votre blâone.

Alt. MORAND.

P^ris.— Ipiprimé chpz Bonaventure et Dacessois, qma dés AagastiDS, R5,

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