‹ Eugène DelacroixChapitre 16 sur 85 · Lettre à Félix G..., à Mâcon, 15 février · texte numérisé non relu

Lettre à Félix G..., à Mâcon, 15 février

Vers 1820, il avait établi un atelier rue de la Planches faubourg Saint-Germain.

Nous avons dit que son premier tableau, Dante et Virgile aux enfers, parut en 18'22. Delacroix avait alors vingtquatre ans.

Géricault vivait encore quand ce tableau fut exposé. Delacroix avait été admis à visiter la Méduse dans l'atelier de l'auteur ; on prétend même qu'il a posé lui-même pour une figure d'homme placée sur le devant du radeau, la tête penchée en avant et les bras étendus. Il y avait entre les deux peintres échange d'estime et d'admiration, et, dans le même temps où Géricault quittait Delacroix, frappé, disait-il, du tableau du Dante, Delacroix sortait comme fou de l'atelier de Géricault, et ne parlait plus que de la Méduse.

Delacroix a dit depuis que Géricault « avait l'adoration de Gros : semblable aux prédicateurs en chaire qui ôtent leur bonnet toutes les fois qu'ils prononcent le nom de Jésus-Christ, il n'en parlait qu'avec enthousiasme et respect. Il lui était beaucoup redevable dans son talent, quoique leurs deux talents fussent dissemblables. C'est surtout dans la représentation des chevaux que Gros a été son initiateur. Géricault a mieux rendu la force dans les chevaux, mais il n'a jamais su faire un cheval arabe comme Gros. Le mouvement, l'âme, l'œil du cheval, sa robe, le brillant de ses reflets, voilà ce qu'il a rendu comme personne. La science, dans ceux de Géricault, est bien loin d'exclure la verve; mais il n'a pas l'impétuosité et la légèreté de Gros.

« Je ne sais si ce dernier a rendu à Géricault une partie

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