Lettre à S
« Sa vie, disait-il, c’étaient ses nerfs, son foie, sa rate , c’était sa fièvre. Cette fièvre enfantait pour lui des chimères; or, quand un homme est malheureux par des chimères, à quel degré de malheur ne peut-il pas bientôt descendre 1 ! »
En 1857, il fit un voyage à Plombières avec Jenny, et l’année suivante, une autre saison seul au même endroit.
En 1858, le “28 décembre, il s’installait dans l’atelier de la rue Furstenberg, qu’il n’a plus quitté depuis.
Nous ne trouvons plus de circonstance bien marquée dans sa vie jusqu’à son entrée à l’Institut.
Pour le public ignorant, la consécration de la valeur d’un homme par une élection publique a toujours paru nécessaire. Cette nomination à l’Institut n’ajoutait rien au mérite réel de la peinture de Delacroix; mais, dans un certain monde, on avait tellement pris l’habitude d’en dire du mal, que son élection à l’Académie dut paraître étonnante à quelques-uns. Que d’injures ! que de combats! que d’hommes engagés d’avance par les paroles qu’ils avaient prononcées, par les abominations auxquelles ils avaient voué le malheureux peintre! Comment espérer que ces hommes pussent jamais se rétracter et lui accorder leur suffrage? C’est ce qui arriva cependant.
Ailleurs, il écrit :
« Je te remercie de ta lettre, et j’y vois que tu avais, à l’avance, confiance dans le résultat. Je n’ai pas été aussi rassuré que toi pendant le cours des démarches qui l’ont amené; non que j’aie pu en faire de ma personne, car j’ai été retenu chez moi par un gros rhume pendant trois semaines: je n’ai donc pu faire de visites; j’ai écrit quel-