‹ Eugéne Delacroix: sa vie et ses œuvresChapitre 23 sur 70 · avril · texte numérisé non relu

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n'est donné qu'aux favoris de la nature de cueillir, et, rien qu'en écrivant ces lignes, je me trouve si véritablement ridicule , qu'il me prend envie de les brûler, de les oublier et d'oublier de même les endroits de ta lettre qui réveillent ces idées dans mon esprit! »

Et plus loin :

« Le bonheur de celui qui sent la nature c'est de la rendre ; heureux celui qui la réfléchit comme un miroir, qui fait la chose pour amour de la chose et non pas avec la prétention de la faire mieux qu'un autre. C'est oe noble abandon qu'on trouve dans tous les vrsds grands hommes. Je me figure le grand Poussin dans sa retraite, faisant ses délices de l'étude du cœur humain, au milieu des chefsd'œuvre des anciens et bien peu soucieux des académies ou de Richelieu. Je me figure Raphaël passant des bras de la Fornarina à sainte Cécile, faisant des tableaux et des compositions sublimes, comme les autres respirent et parlent; tout cela avec une inspiration douce et sans recherche. Ah I mon cher ami, apprends-moi à étouffer ces élans ambitieux ^. »

Cependant il allait dans le monde, et lui-même raconte ainsi l'emploi de son temps :

« Tout cela n'empêchait pas ma vie mondaine, et je trouvais le moyen de travailler toute la journée énormément , et , le soir, je mettais des bas de soie et je restais jusqu'à deux ou trois heures dans les salons, ou occupé de distractions que vous pouvez vous figurer. Je me demande encore comment j'ai pu, avec une organisation assez frêle, suffire à tout ce mouvement. Il faut, en pareil cas, attribuer beaucoup aux ressources de la jeunesse qui permet

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