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préoccupé de l'idée de détruire les théories exclusives, et il n'a pas pensé à tracer, à son tour, un système qui pût répondre à toutes les exigences du génie. Il ne croyait même pas qu'U y en eût un.
Parmi les artistes de notre temps qui ont écrit sur l'art, Delacroix s'est certainement placé ainsi au premier rang. Les publications dont nous parlons lui firent des jaloux. Plus l'homme se distingue, plus il doit rencontrer d'opposition envieuse, non -seulement à la surface, mais dans les profondeurs du monde qui l'entoure. C'est l'inconvénient de la célébrité ; elle semble troubler le repos de tous. Voilà pourquoi Delacroix était très -sensible aux critiques dont il était l'objet, et très -sensible aussi, d'autre part, aux louanges que ses amis et les hommes du métier lui donnaient souvent; il avait ses heures d'anxiété, pendant lesquelles il éprouvait réellement le besoin de ces suffrages qui réveillaient sa confiance en lui-même.
« Je m'empresse de vous remercier de tout ce que vous dites d'aimable et d'encourageant, écrivait-ilàM. Andrieu. Vous le savez, et tous les artistes le savent, les éloges sont le vent qui enfle la voile et qui nous pousse à aller plus loin; il faut être doué d'un bien grand amour-propre pour pouvoir se passer de l'assentiment des autres, et j'avoue mon faible à cet égard. Vous savez tous les petits chemins par lesquels il faut passer pour arriver à faire quelque chose de passable. Ne vous effrayez donc pas si vous éprouvez de la peine à rendre vos idées. Je vous ai dit souvent, et je vous ai prouvé que le grattoir était l'instrument par excellence; pour faire, il faut effacer. Ceux qui ont bien fait ont tous passé par là. »
Delacroix a écrit, pour la Revue de Paris et pour la
Revue des Deux Mondes y divers articles sur Raphaël, sur Rubens, sur Charlet, sur Prudhon, etc.; il en a fait d'autres sur le beau , sur les variations du beau , etc.
On les trouvera réimprimés ici *.
Indépendamment de ces écrits, qu'il livrait à la publicité, il écrivait, avons -nous dit, sur des albums, sur des feuilles volantes ou sur des papiers à dessins , des notes et des pensées de toute sorte.
Je les ai réunies toutes, et indépendamment de celles que j'ai rapportées dans l'histoire de sa vie, au fur et à mesure que je racontais les circonstances qui les ont fait naître, j'ai placé, à la fin de ce volume, les notes éparses que nous avons trouvées et qui traitent de sujets d'art, de littérature ou de philosophie.
Il en avait laissé, à ce qu'il parait, beaucoup d'autres encore , qu'il a fait brûler sous ses yeux avant sa mort , disant que, s'il survivait, il les retrouverait facilement dans sa mémoire, et que, s'il mourait,' il ne voulait pas qu'on en abusât. Or, s'il n'a pas détruit les premières, il n'y aura pas d'indiscrétion à publier les autres. C'était d'ailleurs la meilleure manière de bien faire connaître Delacroix, et ce livre n'a pas d'autre but.
Delacroix a dit, en parlant de Raphaël : a Presque toujours, les événements de la vie des peintres ont été arrangés selon le caractère qu'on leur supposait d'après leurs ouvrages. » Delacroix est trop près de nous pour qu'on puisse adopter cette méthode à son sujet; cependant, si la postérité voulait un jour recomposer son caractère, ses habitudes et les détails de sa vie d'après les peintures qu'il a laissées, quelle opinion devrait -elle se