‹ Eugéne Delacroix: sa vie et ses œuvresChapitre 62 sur 70 · Comme étaient les chariots chex les barbares · texte numérisé non relu

Comme étaient les chariots chex les barbares

rite est plus grande , rémulation et la confiance réciproques, etc , les coups seraient plus justes. La panique a plus d'efTet sur un corps nombreux et les conséquences en sont plus funestes. — Ces cavaliers que Ghenavard a vu mettre en déroute par un coup de pistolet...

La pièce d'artillerie serait chargée de porter, avec ses artilleurs, un petit convoi d'infanterie pour la défendre et pour profiter impétueusement et à courte portée de la trouée faite par la pièce.

Ne pas faire consister Thonneur à s'exposer sans défense. Protéger surtout les officiers ; leur donner buffles ou cuirasses, si on n'en veut pas donner aux soldats. Mais la sotte vanité française se révoltera contre ces mesures de prudence. Quand on vit en 1815 les officiers anglais se promener en uniforme avec un parapluie, on les trouva ridicules ; on trouverait déshonorant de se couvrir devant l'ennemi d'armes défensives propres à ménager la vie des hommes.

Voici ce que je trouve dans la Revue britannique à propos de marine , et par conséquent de guerre. Il est question de canonnières à substituer aux grands vaisseaux:

(( En y réfléchissant, on est forcé de reconnaître

que le développement des proportions est, dans les bâtiments de guerre, un grand élément de danger. Leur petitesse, au contraire, est un motif de sécurité. La flotte turque, à Sinope, fut détruite en un clin d'oeil par des bombes à la Paixhans tirées horizontalement par les batteries basses des Russes. Le général Paixhans dit : Le canon qui tire les bombes et obus horizontalement détruira les vaisseaux d'autant mieux qu'ils seront plus grands, etc. Ne serait-il pas mieux, au lieu de mettre sur un seul vais-

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seau de haut bord 80 ou 130 bouches à feu avec un millier de marins, et d'exposer une telle quantité de ressources militaires et de vies précieuses à périr subitement, d'employer la même dépense de frégates de petites proportions ou de canonnières, etc.? Avec une arme dont Teffet est très-destructeur, l'avantage sera évidemment pour celui qui pourra donner à son arme plus de justesse et de portée, etc., etc.

L'inconvénient qui frappe ici pour la marine ne serat-il pas le même pour les armées de terre ? Tirer sur des masses ne sera-t-il pas le moyen d'anéantir un plus grand nombre d'hommes? Des petits corps séparés, sachant se réunir à propos, n'auraient-ils pas un grand avantage? En 185A , avant les épreuves dont parlent ici des marins, j'avais déjà pensé, comme on le voit plus haut, qu'en vue des armes plus meurtrières, la tactique devait être changée.

Il est à la mode depuis quelque temps , parmi les militaires qui ont de la littérature, d'écrire leurs campagnes, comme si chacun d'eux était Alexandre ou César. C'est la guerre anecdotique, comme on a pris l'habitude d'écrire aujourd'hui l'histoire des nations, aussi bien que celle d'un individu ou d'une simple famille. C'est un genre bâtard qui, comme tout ce qui sort de l'ordre ordinaire, c'est-àdire de ce que le sens humain a classé depuis longtemps, ne peut qu'égarer les esprits. Que peut dire sur une bataille tel officier qui n'a présidé ni au plan ni au développement de l'action ? Il y a tel soldat qui n'a vu dans une bataille que le sac de son chef de file. L'horizon pour l'officier n'est guère plus étendu : on ne lui demande que d'exécuter les ordres qui lui sont transmis par un supérieur; et ce supérieur n'est le plus souvent lui-même

quun intermédiaire fort éloigné de communiquer directement avec le général en chef. La ressource du subaltene qui se mêle de donner ses impressions sur telle action le conduira nécessairement à passionner certains détails relativement peu importants et à les grandir d*une manière ridicule. Je doute fort que Napoléon , dans son temps , où on généralisait davantage , habitué lui-même à généraliser plus que personne et à voir en grand, eût donné son approbation à des récits empreints de la sentimentalité moderne à propos de la blessure de celui-ci ou de celui-Ui de la neige incommode à souffrir, du chaud et du froid, des perspectives pittoresques ou des élégies privées à propos d'un soleil couchant, ou d'un champ de bataille et de ses accompagnements, hélas I nécessaires. Je crois qu'il eût vu de mauvais œil ces espèces d'illustrations de la guerre, qui est un métier qu'on doit faire sérieusement et surtout sans cet accompagnement d'attendrissement à tout propos. C'est à endurcir ses soldats, à les prémunir, aa contraire, contre toute sensibilité, qu'il se fût appliqua*

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W''' LETTRE A F. GUILLEMÂRDET.

i iii^'^'*'^ De U Maison des gardes, 23 septembre 1813.

^^^^'^^"' Je ne sais s'il aura reçu ma dépêche assez tôt

â^t^ ' pour te parler de notre fâcheux voyage, dans lequel plu-

f^t"^' ' sieurs accidents fort désagréables nous ont retardés et en-

nuyés. Un coiTre de devant, dont les vis et les écrous furent brisés, s'ouvrit de manière à laisser échapper tout son contenu. 11 se composait de toute notre provision de souliers et de plusieurs choses intéressantes. Après avoir attendu sur le grand chemin, par une pluie fine et pénétrante et le vent le plus incommode, le retour d'un postillon que nous avions fait à l'instant monter à cheval pour retourner d'où nous venions afin de s'informer de ce que nous avions perdu , nous fûmes obligés de continuer notre route avec les souliers que nous avions aux pieds, sans qu'il fût possible de ravoir autre chose qu'un vieux livre en loques et couvert de boue, sur lequel avait passé la

roue d*un roulier, et que le postillon nous apporta eu triomphe sur le pommeau de sa selle. A quelque distance de là, nous nous aperçûmes qu'un malheureux pot de thon mariné, que nous n'avions emporté que par pitié, avait payé notre attention en se cassant dans le tambour : ce qui couvrit d'huile nombre de choses, entre autres un Horace que j'emportais ainsi qu'un petit dictionnaire italien auquel je tenais beaucoup. 11 faut ajouter à tout cela le désespoir de Minette en se voyant balancée et agitée daus une voiture et qui, sans s'inquiéter de courir la poste, ne cessait d'appeler de ses cris ses chet*s escaliers, sa chère cave et son cher grenier, retraite de son cher matou. A Montbazon, avant Poitiers, elle parvint à tromper notre vigilance. Elle s'enfuit pendant qu'on changeait de chevaux, et nous voilà dans les rues, à une heure du matin, à appeler Minette sous toutes les portes cochères. Comme nous allions remonter en voiture, un postillon crut l'avoir aperçue dans la cour d'une maison par les fentes de la porte. Alors je me colle les yeux à ces fentes et je vois en effet quelque chose de noir qui se promenait tranquillement dans l'ombre. Alors je sonne à cette porte, tout doucement d'abord, de peur de réveiller quelqu'un. Enfin parut un homme en chemise et en queue, qui se mit à poursuivre conjointement avec nous la fugitive qui sautait tranquillement du poulailler au toit des cochons, se léchait très-tranquillement en attendant le succès de nos efforts. Tu jugeras de ce qu'ils devaient avoir de désagréable dans une maison dont les recoins, à nous inconnus, nous jetaient à tout instant dans quelque méprise. Enfin, Minette fut saisie par Thomme à la chemise, monté sur une échelle, que nous comblâmes de remerciements. Après Poitiers, un des ressorts se brisa, et nous jeta de nouveau dans des

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embarras et des retards sans nombre. Nous voici cependant rendus et depuis longtemps, ce qui fait ma honte quand je pense que depuis tout ce laps je ne t*ai point encore demandé de tes nouvelles.

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