‹ Eugéne Delacroix: sa vie et ses œuvresChapitre 8 sur 70 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

« Il De nous reste sur la vie des grands maîtres que peu de renseignements auxquels l'histoire puisse se fier. Il est fâcheux que nous soyons si mal servis dans le désir extrême de nous instruire de ce qu'ils ont été, de la vie qu'ils ont menée, car le plaisir de jouir de leurs ouvrages ne nous suffit pas : nous voudrions faire connaissance avec leurs personnes, bien plus avec leurs bizarreries et leurs passions; nous aimerions à les trouver hommes comme nous dans la partie la plus vulgaire de leur vie. »

C'est Eugène Delacroix qui parlait ainsi, en 1830, en commençant son article consacré à Raphaël dans la Revue de Paris *. Tâchons donc de remplir ce vœu, en ce qui le touche lui-même : disons ce qu'il a été, la vie qu'il a menée, parlons de ses bizarreries, de ses passions, s'il le faut ; car il est bon à connaître par ses actions comme par ses œuvres.

i. Voir à la m* partie de ce volume.

Delacroix (Ferdinand -Victor -Eugène) est né à Charenton -Saint-Maurice, près Paris, le 7 floréal an vi (26 avril 1798), de Charles Delacroix et de Victoire Oëbène, son épouse ^

Charles Delacroix prend le titre, à cette époque, de ministre plénipotentiaire de la République française près celle Batave. Il avait été d'abord avocat au Parlement, puis secrétaire de M. Turgot; il avait accompagné celui-ci dans son intendance de Limoges ; il avait été ensuite élu membre de la Convention. Les Directeurs lui avaient, plus tard, confié le ministère des affaires étrangères. Enfin, deux ans après la naissance d'Eugène, il fut compris dans l'organisation des préfectures et désigné par le premier consul pour occuper celle de Marseille. Enfin, de là, il passa préfet de Bordeaux, où il mourut entouré de Testime publique.

Victoire Oëbène appartenait à une famille d'artistes honorables, qui était représentée alors par son oncle M. Riesener, peintre distingué, et le père de M. Riesener qui tient aujourd'hui une place très-remarquable parmi nos peintres d'histoire •.

Charles Delacroix a eu , de son mariage avec Victoire Oëbène , quatre enfants :

!• Le général Charles-Henri Delacroix, depuis baron Delacroix, né le 11 janvier 1779, mort à Bordeaux le 30 décembre 18A5 ;

2** M™* de Verninac, née en 1780, morte en 1827 ;

1. Charles Delacroix avait épousé M"* Oôbène en 1778; elle est morte le 3 septembre 1814, à T&ge de cinquante-six ans.

2. M. Riesener, le père, était frère de mère de M"« Charles Delacroix. Charles Delacroix, père d'Eugène, avait sept frères ou sœurs tous mariés ; de là le grand nombre de cousins et de cousines dont Eugène parlait souvent. ( Voir une note sur les parents d'Eugène Delacroix à la fin de la 1I« partie.)

S"" Henri Delacroix, tué à Friedland à 23 ans;

A^ Enfin Ferdinand -Victor -Eugène , dont nous nous occupons.

Le fils aîné (Charles-Henri), général Delacroix, eut une carrière glorieuse, mais traversée, comme toutes celles des militaires de cette époque, — Il partit novice matelot dans la marine S fut aspirant de l^^ classe % passa au 1" régiment de chasseurs à cheval ', fut nommé lieutenant sur le champ de bataille S fut placé ensuite dans la garde à cheval des consuls, fit les campagnes d'Italie comme capitaine de chasseurs, fut appelé au grade de chef d'escadron, et en même temps nommé aide de camp du prince Eugène ^. 11 partit enfin pour l'Allemagne avec celui-ci, et fut blessé d'une balle à la cuisse, auprès du prince, dans une reconnaissance à Bechenkowitzka, le 13 juillet 1812, et retenu pendant un an prisonnier à Vilna et à Saint-Pétersbourg. Il était colonel du l*' de chasseurs le 18 octobre 1808, et général en 1815*.

Le général Delacroix est mort à Bordeaux, à l'âge de soixante-sept ans, instituant pour son légataire universel son plus jeune frère Eugène, mais ne lui laissant presque rien. Il vivait du revenu que lui attribuaient son titre de commandeur de la Légion d'honneur, celui de baron de l'Empire, sa pension de général, enfin d'une autre pension que lui faisait la maison de S. A. le prince Eugène; et tout cela devait s'éteindre avec lui.

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