‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 118 sur 167 · LA VAGUE · texte numérisé non relu

LA VAGUE

Il est un spectacle où rame indécise D'un extrême à l'autre hésite et se perd :

C'est de contempler, au bord de la mer, Les petits enfants, quand le flot se brise I

Ils sont là debout, seuls, abandonnés >; La falaise grise à vingt pas se dresse.

Sinistre rempart, morne forteresse, Où le corbeau fouille à cris obstinés.

Devant eux, la mer, immense, infinie.

Mêle ses tons verts au sombre horizon ; Son bruit éternel confond leur raison, Et leur voix s'en va dans cette harmonie !

En nappe de lait le flot ondulant Arrive à leurs pieds, s'étale et s'épanche.

Fuit sans les toucher, et l'écume blanche Parmi les galets joue en s'écoulant.

Tout devient plaisir, tout ravit leur âge :

Le crabe égaré qui court sans dessein, L'algue qui s'arrête au rocher voisin, La coquille vide abordant la plage.

Ils ont oublié l'heure du repas ; Ils ne songent plus au logis rustique ; Vainement, debout, du seuil domestique, Leur sœur les appelle : ils n'entendent pas !

Ils sont toujours là, rangés sur le sable :

Leur blouse se gonfle au soufiQe du vent.

Ainsi jusqu'au soir les retient souvent Un étonnement indéfinissable !

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