LA VAGUE
Il est un spectacle où rame indécise D'un extrême à l'autre hésite et se perd :
C'est de contempler, au bord de la mer, Les petits enfants, quand le flot se brise I
Ils sont là debout, seuls, abandonnés >; La falaise grise à vingt pas se dresse.
Sinistre rempart, morne forteresse, Où le corbeau fouille à cris obstinés.
Devant eux, la mer, immense, infinie.
Mêle ses tons verts au sombre horizon ; Son bruit éternel confond leur raison, Et leur voix s'en va dans cette harmonie !
En nappe de lait le flot ondulant Arrive à leurs pieds, s'étale et s'épanche.
Fuit sans les toucher, et l'écume blanche Parmi les galets joue en s'écoulant.
Tout devient plaisir, tout ravit leur âge :
Le crabe égaré qui court sans dessein, L'algue qui s'arrête au rocher voisin, La coquille vide abordant la plage.
Ils ont oublié l'heure du repas ; Ils ne songent plus au logis rustique ; Vainement, debout, du seuil domestique, Leur sœur les appelle : ils n'entendent pas !
Ils sont toujours là, rangés sur le sable :
Leur blouse se gonfle au soufiQe du vent.
Ainsi jusqu'au soir les retient souvent Un étonnement indéfinissable !