LA TOMBE DE BRIZBUX
Et nous partons, longeant les grands quais solitaires»
Les carènes à sec, les quartiers militaires,
£t le champ de manœuvre où des soldais poudreux
Reviennent de la cible en devisant entre eux.
Puis, c'est la route, aux toits rustiques, où 'fourmille
Tout un peuple d'enfants ; puis un mur, une grille :
C'est là ! — Pour la pensée et l'œil, tout est d'accord ;
Le paysage est vaste et digne de la mort :
Des tombes, s'alignant dans les longues allées
Désertes, et partout de fin gravier sablées ;
Des thuyas, des cyprès, des fleurs, partout des fleurs,
Et les croix où le deuil met un semis de pleurs ;
Et par-dessus les flots de verdure ondulante,
Le port, les arsenaux, la mer houleuse et lente,
Dont on devine au loin le flux et le reflux.
Et qui, berçant ces corps qui ne l'entendent plus.
Fait son bruit éternel près de leur paix profonde.
a La tombe de Brizeux ?» — Une fillette blonde
Passait : telle Marie, au milieu des ajoncs,
Avait dû se montrer, quand nous l'interrogeons,
Sous sa coiffe de lin, surprise et rougissante.
« Je ne sais pas », dit-elle. — A vingt pas, se présente
Un marbrier, gravant pour un hôte nouveau
La prose funéraire aux dalles d'un caveau.
Il répéta- deux fois le nom sans le'connaître. Ces deux femmes en deuil nous instruiraient peut-être ?. . . «. Nous ne connaissons pas tous les morts ! » répondit La plus vieille. — O génie! ô rêve! c'est bien dit! "J'étais, en vérité, trop ingénu de croire ' ,
Qu'un nom comme lé sien remplirait la mémoire Du plus humble Breton comme du plus savant, Et qu'un poète mort était un dieu vivant!
Seul, le 'gardien du lieu sut nous Montrer la platfe. Dans un coin retiré, d'où le regard embrasse Le jardin tout entier, la rade et l'horizon.
Que dorait un soleil de l'arrièire-saison.
Nous restâmes penchés devant la tombe austère : Un morceau de granit sur un carré dé terre.
Je ne sais depuis quand la main du jardinier Avait fait son travail, ni qui fut le dernier
A -visiter ta chère cendre, O chantre d'Arzannô, plus pur que le cristaL; Qui, d'un. ciseau latin, taillas le houx natal,
Fils des Bretons, farouche et tendre !