‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 155 sur 167 · CROQUIS PROVINCIAL · texte numérisé non relu

CROQUIS PROVINCIAL

Pour accepter le sort à ce point monotooe.

Pour me plaire à ce train de vie où tout m'étonne,

Pour me ranger alors au nombre des élus,

Que fallait-il ? Vingt ans de moins ? L'espoir en plus ?

O bons Parisiens, vous sourirez peut-être!

Il fallait simplement cette robe du maître,

Cet orgueil ingénu, cette intime douceur

D'être, jeune homme imberbe encore, un professeur;

D'aller, chaque matin, dans un sombre lycée.

Allumer l'Iliade, en chaire, ou l'Odyssée;

De dire à ces enfants, humble guide sans nom :

« Montons au Capitole, ou bien au Parthénon! »

De songer que l'on garde en soi — dépôt fragile ! —

La grâce de Platon, le charme de Virgile;

Que, dans un temps funeste où la matièife est tout.

On est l'esprit, on est le savoir et le goût ;

Que, du moins, on est là comme un prêtre du culte,

Gardant en main la clé du sanctuaire occulte :

Et l'on trouve un taudis assez bien habité,

Quand on y peut loger l'éternelle beauté !

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