A MON AMI E. CARO
Dans la foule, secrètement, Dieu parfois prend une âme neuve, Qu'il veut amener lentement Jusqu'à lui, d'épreuve en épreuve.
Il la choisit pour sa bonté, Et lui donne encore en partage La tendresse avec la fierté, Pour qu'elle saigne davantage.
Il la fait pauvre, sans soutien, Dans les rangs obscurs retenue, Cherchant le vrai, voulant le bien.
Pure toujours, — et méconnue.
Il fait plier sous les douleurs Le faible corps qui l'emprisonne; Il la nourrit avec des pleurs Que nulle autre âme ne soupçonne ;
Il lui suscite chaque jour, Pour l'éprouver, une autre peine :
Il la fait souffrir par l'amour.
Par l'injustice et par la haine ;
Jamais sa rigueur ne s'endort :
L'âme attend la paix? il la trouble; Elle lutte ? il frappe plus fort ; Elle se résigne? il redouble.
Il la blesse d'un coup certain Dans chacun des êtres qu'elle aime, Et fait de son cruel destin Un mélancolique prpblème !