LE ROSIER
Le deuil a parfois son dédain :
On a proscrit tout ce qui tombe, Et j'ai planté dans mon jardin L'humble rosier» fils delà tombe!
Parmi les autres confondu.
Nul regard ne peut le connaître ; Dans la corbeille il est perdu :
Seul, je le vois de ma fenêtre;
Et j'hésite en le comparant :
Mêmes parfums et même tige ; Sur sa corolle, indifférent, Le papillon plane et voltige ;
Son feuillage est aussi léger.
Sa fleur n'est pas plus tôt flétrie ; Rien ne trahit, pour l'étranger, La première et sombre patrie!
Mais souvent, au déclin du jour, Quand la foi rêve, ou bien le doute, Seul, je m'approche avec amour, Je l'interroge et je l'écoute;
Alors, je le vois frissonner Au souvenir que je réveille ; Chaque rameau semble incliner Vers ma lèvre sa fleur vermeille ;
Il me parle du cher blondin, Endormi dans la paix profonde, Et fait passer dans mon jardin Comme un souffle de l'autre monde!