LE LIERRE
Tenace, quand l'obstacle imprévu se dressait; Et, toujours reprenant sa course, elle avançait, Robuste sur le roc, vivace dans le sable :
Le mort lui fournissait la sève intarissable ! Mais la feuille gardait ses plus ternes couleurs, Et jamais nul rameau n'avait poussé de fleurs : Jusqu'au jour où, touchant à la tombe jumelle. Elle en saisit le marbre, impatient comme elle; Elle le prit, ainsi qu'une mère un enfant; Elle l'enveloppa de baisers, l'étoufTant Des doux enlacements de sa jeune verdure; De sa tige vingt fois lui fit une ceinture ; Elle étreignit ses bords, s'incrusta dans ses flancs, Embrassa tour à tour chacun des piliers blancs; Recouvrant l'enclos nu de ses rameaux sans nombre, Elle en fit un berceau plein de mystère et d'ombre ; Et, jusque-là stérile, ainsi qu'aux pays froids, S'épanouit en fleurs pour la première fois :
Avec la sève, avec le feuillage fidèle, — O d'un mortel amour espérance immortelle ! ^ On eût dit que le cœur au cœur s'était rejoint.
Si vous ne croyez pas cela, vous n'aimez point!