SOLITUDE
Puis le rideau tiré retombe doucement,
Et mon cœur reste ému d'un long enchantement.
Je reprends mon travail, «ans peur que Ton m'oublie :
J'étais seul, mais je sais ma demeure remplie.
Merci, jeune compagne, active sous mon toit!
Le silence me plaît interrompu par toi.
Les moineaux effrontés qui retournent au gîte,
Dans le lierre voisin le merle qui s'agite,
Le bruit lointain d'enfants jouant sur le pavé,
Ou le vol de l'abeille un instant observé,
Non, c'est trop peu pour moi. Mais que l'âme est charmée
Quand la voix d'une mère ou d'une femme aimée
Murmure un mot, s'éloigne, et se tait tout à coup !
Un geste, un frôlement, un regard, et c'est tout :
Mais tu sens que ton cœur n'était pas solitaire;
Qu'il trouve à qui parler, s'il est las de se taire;
Que derrière ce mur, cette porte, à trois pas.
Sont des êtres bénis qui ne te quittent pas :
Ce léger bruit qu'ils font, c'est l'amour, c'est la vie,
C'est toute leur pensée à la tienne asservie,
La voix qui tant de fois déjà te consola,
Le bonheur qui se cache, en disant : « Je suis lu! »