LA SIESTE
Elle dort. — Sur son front sa chevelure ondoie» Sa main nonchalamment presse le bai^deau noir ; Et, tandis que midi sur la plaine flamboie, On dirait que déjà, sous les rideaux de soie, Un pâle crépuscule a devancé le soir.
Au dehors, la campagne est brûlante et déserte ; Point de troupeaux errants, point de bœufs au labour; Le grillon se blottît dans la motte entr'ouverte ; Le passereau muet cherche une branche verte Pour s'en faire un abri jusqu'au tomber du jour.
La couleuvre s'enfuit sous une voûte obscure ; L'abeille s'assoupit au calice des fleurs; A peine au bord des toits le lézard s'aventure ; Un- immense sommeil alourdit la Nature, Et tout regard se ferme, ébloui de couleurs.
Le soleil fait passer sur les moissons paisibles La chaude volupté de ses rayonnements ; Sous l'ondulation de ses flammes visibles.
Il arrache un soupir aux roches insensibles.
Et l'arbre, dans sa sève, a des pétillements.
Elle dort. — Lentement mon amour se hasarde;
Le rideau que j'écarte à mes doigts a tremblé;
Immobile témoin, j'écoute, je regarde;
Je devine à son front l'ange pur qui la garde :
La paix est dans son âme, — et seul je suis troublé.
lu