‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 63 sur 167 · L'AME ABSENTE · texte numérisé non relu

L'AME ABSENTE

Qu'il est beau, Tenfant vermeil A qui nul souci ne pèse!

Il goûte un calme sommeil, Assis dans sa haute chaise.

Son haleine doucement Sort de sa lèvre mi-close, Et son visage, en dormant, A les couleurs de la rose.

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Ses petils doigts ont serré, Dans une étreinte obstinée, Le jouet tout lacéré Dont il remplit sa journée.

Autour de son col si pur

Les blonds anneaux s'arrondissent;

Il s'éveille : un clair azur

£st dans ses yeux qui grandissent.

Il a trois ans : qu'il est fort!

Quelle sève généreuse!

Tu l'admires tout d'abord,

Et tu dis : « O mère heureuse ! »

Pourtant il ne sourit pas ; Quelque chose en lui résiste ; En vain tu lui tends les bras .

Si jeune, et déjà si triste!

N'entend-il pas cette voix?

A-t-il peur de l'étrangère ?

Cette froideur que tu vois.

Est-ce une ombre passagère?

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Pourquoi ce regard errant, Comme au jour qui Ta tu naître, Qui 8'arrête indifférent, Et semble ne rien connaître ? •

L'étrange enfant! Tu pâlis, Tu murmtires : « Pauvre femme ! »

Ces yeux ternes où tu lis.

Crains-tu d'y' chercher une âme ?

Oh ! ne l'interroge pas, - En levant les yeux sur elle.

Celle qui souffre ici-bas Cette épreuve maternelle !

Oui, la Nature a voulu Cette implacable torture, Et personne encor n'a lu Aux secrets de la Nature!

Le corps est là, beau, charmant.

Femmes, à vous faire envie !

Mais l'être, en se consumant, Ne saura rien de la vie !

La matière a revêtu Cette forme souhaitée :

Mais l'âme, où la trouves-tu ? Près de Dieu l'àme est restée.

A ce réveil sans gaité.

Qui n'est qu'une somnolence ; A la morne gravité De cet éternel silence ;

A ces yeux irrésolus, A la pâleur de la mère Qui couve et ne quitte plus Son fils, son bien, sa chimère;

A ces mortelles douleurs, A cette attente inquiète, Épiant avec des pleurs Un son d'une Voix muette ;

A cette angoisse sans nom Qui guette, sombre et glacée.

Une lueur de raison, Un éclair de la pensée,

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