LE SOUFFLET
Soudain, par un détour, je m'approchai sans bruit. A peine il m'aperçut qu'il rejeta le fruit.
Mais il était coupable, et la rigueur est sage ; De ma main rudement je frappai son visage,.
Puis je me retirai, sévère, triomphant D'avoir noyé de pleurs son doux regard d'enfant ; Et lui, honteux, tremblant, la poitrine gonflée. De sanglots convulsifs remplissait chaque allée !
« Oh ! ce soufflet brutal pour un maudit fruit vert
Qu'il avait dérobé dans le jardin désert;
Tandis qu'en liberté, chantant, courant, il joue,
Ce soufflet imprimé sur sa petite joue.
Et qui, dans un instant, change en pleurs ses ébats.
Ce soufflet, — mon remords — je ne l'oublîrai pas!
Regrets tardifs! Ma vie au passé condamnée,
Est de ce souvenir toujours importunée.
Faiblesse paternelle, étrange à d'autres yeux.
Je revois cette scène et me trouve odieux !
Droit, force ni raison, rien ne me justifie ;
Ces larmes, je voudrais les payer de ma vie;
Et, devant son tombeau pleurant mon abandon,
Tout bas de ce soufflet je demande pardon! »