‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portrChapitre 10 sur 121 · LE SOUFFLET · texte numérisé non relu

LE SOUFFLET

Soudain, par un détour, je m'approchai sans bruit. A peine il m'aperçut qu'il rejeta le fruit.

Mais il était coupable, et la rigueur est sage ; De ma main rudement je frappai son visage,.

Puis je me retirai, sévère, triomphant D'avoir noyé de pleurs son doux regard d'enfant ; Et lui, honteux, tremblant, la poitrine gonflée. De sanglots convulsifs remplissait chaque allée !

« Oh ! ce soufflet brutal pour un maudit fruit vert

Qu'il avait dérobé dans le jardin désert;

Tandis qu'en liberté, chantant, courant, il joue,

Ce soufflet imprimé sur sa petite joue.

Et qui, dans un instant, change en pleurs ses ébats.

Ce soufflet, — mon remords — je ne l'oublîrai pas!

Regrets tardifs! Ma vie au passé condamnée,

Est de ce souvenir toujours importunée.

Faiblesse paternelle, étrange à d'autres yeux.

Je revois cette scène et me trouve odieux !

Droit, force ni raison, rien ne me justifie ;

Ces larmes, je voudrais les payer de ma vie;

Et, devant son tombeau pleurant mon abandon,

Tout bas de ce soufflet je demande pardon! »

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