VILLÉGIATURE
Dans ce grand calme tout m'irrite, Chaque brin d'herbe est douloureux Pourtant la nature est la même ; Mais jamais rien ne la troubla!
C'est moi qui pleure ce que j'aime !
Les Prussiens ont chevauché là!
Qu'il me plaisait, ce gai village,
Et son rideau de peupliers
Dont les vieillards ignoraient l'âge.
Et ses chaumes hospitaliers !
Pour m'y fêter la vieille hôtesse
Eût mis la nappe de gala!
Son vin redouble ma tristesse ;
Les Prussiens se sont grisés là!
Au-dessus des fermes rustiques J'aperçois, montant dans l'azur, L'église aux contreforts gothiques Dont l'obus a troué le mur !
J'arpentais joyeux cette gare :
Prise d'assaut, on la brûla ; L'officier fumait son cigare :
Les Prussiens ont fusillé là !
Mornes chemins ! Navrant voyage A travers prés, vignes et bois !
Oh ! le ravissant paysage Qui me transportait autrefois !
Pourquoi donc cette différence ?
C'est qu'ici notre sang coula :
Baisse les yeux, ma pauvre France !
Les Prussiens nous ont vaincus là !
Sur ces plaines que je traverse, Vous tous qu'a frappés TAllemand, Laboureurs ramenant la herse, Vignerons nouant le sarment.
Dans le sillon, dans la demeure.
Au sol où leur canon roula.
Murmurez, en attendant l'heure, Les Prussiens ont pas^é par là!