‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portrChapitre 6 sur 121 · LA PETITE CHANTEUSE · texte numérisé non relu

LA PETITE CHANTEUSE

L'enfant, au renouveau, peut-il gémir longtemps ? Le brin d'herbe Tamuse et la feuille l'attire ! Sait-on combien de pleurs peut sécher un printemps, Et le peu dont le pauvre a besoin pour sourire ?

Je la regardais vivre, et l'entendais de loin. Comme un fardeau que pose un porteur qui s'arrête, Elle allégeait son cœur, se croyant sans témoin. Et les senteurs d'avril lui montaient à la tête.

Puis bientôt s'éveillant, prise d'un souvenir, Elle accostait encor les passants, triste et lente ; Son visage à l'instant savait se rembrunir, Et sa voix se traînait et larmoyait dolente.

Mais quand elle arriva vers moi, tendant la main.

Avec ses yeux mouillés et son air de détresse :

« Non! lui dis-je. Va-t'en, et passe ton chemin!

Je te suivais : il faut, pour tromper, plus d'adresse.

« Tes parents t'ont montré cette douleur qui ment? Tu pleures maintenant : tu chantais tout à l'heure ! » L'enfant leva les yeux et me dit simplement : «C'est pour moi que je chante, etpoureux que je pleure. »

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