LE NID
Point de gazons fins ni de jeunes mousses :
Les mères ont mieux pour leurs nouveau-nés !
Leurs bras ont trouvé des courbes plus douces Que tous nos fauteuils si capitonnés !
Le dormeur est là, souriant et rose :
Un bras le retient, l'autre le défend ; Tandis qu'un regard descend et se pose Des yeux de la mère au front de l'enfant !
Et cette tendresse, où Dieu se révèle, Vous la retrouvez la même partout :
Ë8t-on jeune ou vieille, est-on laide ou belle, L'enfant ne connaît orgueil ni dégoût;
Car toute caresse est pour lui pareille ; Il trouve à qui l'aime assez de beauté :
La. plus misérable, alors qu'il s'éveille, Reçoit son sourire, et Ta mérité !
Qu'importe la bure épaisse et vulgaire, Ou les plis soyeux couvrant les genoux !
Peut-être à l'enfant, qui n'y songe guère, Les haillons troués font un lit plus doux !
— Que voyez-vous dans ces nuages Que vous vous montrez de la main, Petits enfants aux frais visages, Assis sur le bord du chemin?
L'astre couchant qui se balance, Rouge sous un ciel orageux.
Pour étonner votre ignorance Semble multiplier ses jeux !
— Dans un jardin plein de merveilles Nous voyons, comme en un décor, Courir sur des routes vermeilles.
En longues files, des chars d'or.
Un lac de feu que le vent plisse Baigne des pelouses d'argent ; Un dragon monstrueux y glisse, Et disparaît en s'y plongeant.
— Que voyez-vous dans ces nuages, Jeunes filles au doux regard?...
— Nous y voyons d'épais ombrages Pour rêver, le soir, à l'écart ; Puis des lustres d'or sur nos têtes.
Des miroirs pour notre beauté,
Et, pour d'incomparables fêtes.
Les feux d'un palais enchanté !
— Que voyez- vous dans ces nuages, Jeunes gens qui luttez là-bas?
— Nous y voyons des paysages Pour la guerre et pour les combats !
Nous suivons la rouge fumée
De l'incendie au loin porté ; Nous illustrons de renommée Ce crépuscule ensanglanté!
Que voyez-vous dans ces nuages, Travailleurs au front soucieux?
— Nous y voyons de vastes plages, D'autres terres et d'autres cieux.
Un sol où la liberté sainte Couronne un peuple jeune et fort ; Où l'humanité peut sans crainte Jeter l'ancre et bénir le portî
— Que voyez-vous dans ces nuages, Docteurs qui lisez couramment
Et feuilletez toutes les pages Au grand livre du firmament?
— Dans ces figures passagères Notre œil rapide et dédaigneux ■ Ne voit que des vapeurs légères Où joue un rayon lumineux !
— Que voyez-vous dans ces. nuages Déjà plus sombres et plus lourds, Vieillards qui pensez être sages Au pâle déclin de vos jours ?
Sous cette brume ténébreuse Où le soleil s'est éclipsé, De quelle image vaporeuse Votre songe s'est-il bercé?
— Nous y voyons un autre monde Qui 8*ouvre à l'âme après la mort ; Un océan que l'esprit sonde, Mais dont il cherche en vain le bord ; Un dernier voile qui dérobe A notre regard attristé L'obscur voyage de ce globe Sur les flots de l'éternité !
O jeux mouvants de l'atmosphère !
Spectacle bizarre et profond, Où chacun lit ce qu'il préfère, Où tout se heurte et se confond, Jardins, palais, lointaine grève, Otobre morne, rayonnement :
Où chaque âge trouve son rêve.
Et chaque âme son aliment !