‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portrChapitre 66 sur 121 · LA PROMENADE · texte numérisé non relu

LA PROMENADE

Et je les devinais, elle, grave et grondant,

Lui, rebelle avec joie, et vif, et l'œil ardent.

Fier de montrer déjà ses petits pieds rapides,

Et troublant la grand'mère en ses bonds intrépides.

— Avec les vieux surtout, les enfants sont gaillards!

Mais je ne vis, au coin du mur, — que deux vieillards ! Bras dessus, bras dessous, ils cheminaient ensemble ; Elle guidait, d'un pas tremblant, le pas qui tremble. Fantômes d'un passé qu'on ne devine plus, Tous deux étaient courbés, flétris, tous deux perclus! Leurs membres décrépits se soutenaient à peine ;^ La marche les mettait, en dix pas, hors d'haleine, £t je me demandais, ému du moindre arrêt, Comment chacun des deux, sans l'autre, avancerait ! Rien ne me rappelait, dans ce couple qui passe, Ce qui fut la beauté, la jeunesse, la grâce ; Et, devant leur laideur et leur infirmité.

L'amour, rêvant par là, fuirait déconcerté !

Pourtant, ils souriaient l'un à l'autre ; leur bouche Trouvait encor des mots dont l'accent vibre, et touche! Elle tournait sur lui ses yeux, plus tendrement Qu'une jeune maîtresse au bras de son amant ; Et le paralysé, vieux compagnon fidèle.

Éprouvait un bonheur d'enfant, qui venait d'elle ! II. 12

Le long du sentier vert je les suivis des yeux. Et, tandis qu'ils allaient au soleil, tout joyeux, A voir ainsi survivre au temps la vieille flamme, Dans ces vivants débris ne voyant plus que l'âme, Je partageai l'espoir des tendresses sans fin. Et je compris, amour, ton mystère divin!

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