II
Détruire tout; chercher, pour de sinistres crimes, Les flots les plus discrets, les plus sombres abîmes, Combattre avec fureur ces faibles ennemis; Dans leur premier sommeil encor tout endormis, Les prendre, et supprimer ces charges redoutées, Comme on dérobe aux chiens d'incommodes portées !
Et pourtant, je devrais vous absoudre à moitié : Méritez-vous la haine ou plutôt la pitié, Tristes mères ? Pourquoi la sentence ennemie N'a-t-elle que sur vous fait tomber l'infamie? Qui donc vous préservait, victimes sans appui? Vous aviez contre vous le vice, en vous l'ennui; Et — nous l'oublions trop, dans notre indifférence! — Au fond de tout forfait s'agite une ignorance.
Ces filles, tout les livre en proie aux corrupteurs, Tout leur est un danger, maîtres et serviteurs ; Ces mystères abjects des amours impudiques Souillent obscurément les foyers domestiques. Déjà maudits d'avance et déjà condamnés, Nulle fôte n'attend, hélas! ces nouveau-nés!
On n'a rien préparé, le berceau ni les langes; Point de regards émus couvant ces petits anges; Point de logis joyeux, de vieux parents, d'ccnis Épiant le réveil de ces cliers endormis !
Mais Tabandon, l'efifroi, les douleurs qu'on ignore, Tout ce qui trouble avec tout ce qui déshonore ! Elles n'ont pas le cœur assez haut pour porter Le poids de cette honte et pour la racheter ; Et voulant à tout prix cacher la flétrissure, Le crime leur paraît la route la plus sûre !
Et la Justice croit avoir fait son devoir?
La conscience humaine hésite à s'émouvoir ?
Non, juge, tu n'as pas atteint le vrai coupable ! Forgeons, pour le frapper, quelque loi redoutable : Car le mal grandira, si rien ne nous défend, Jusqu'à l'heure où le père aura peur de l'enfant, Verra Têtre chétif, qu'il ose méconnaître, L'eiFrayer de sesf droits, du jour qu'il vient à naître; Et saura ce que pèse, avant de l'accepter, Le terrible fardeau qu'on voudrait rejeter!