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SOUS le noir, comme ]a mort qui l'a faite, hélas! Nous sommes des amis en deuil.
Le 7. — Une action de grâce ici, pour une grâce vivement et continuellement demandée et obtenue aujourd'hui de Dieu. Si j'adressais un Journal au ciel, il serait certaines fois bien rempli ; mais ces choseslà restent dans Tàme, et j'en marque seulement le passage » '^ où passe ma vie avec ses événements, de quelque ordre qu'ils soient.
Le 8. — A en croire lés ingénieuses fables de l'Orient, une larme devient perle en tombant dans la mer. Oh I si toutes allaient là, la mer ne roulerait que des perles. Océan de pleurs aussi plein que l'autre, mais pas plus que l'âme parfois I
Le 9. — « Maurice aimait d'amour à venir, au crépuscule, sur un cap désert et sous un ciel sans lune, écouter la mer refluant vers le lointain des grèves, ou battant les bords opposés de cet Ârguenon sauvage, aux rivages duquel a, dans son adolescence, erré le génie enveloppé encore de Chateaubriand. » — Voilà des lignes ou plutôt des larmes venant de Bretagne encore sur cette tombe, et qui me creusent des torrents de tristesse par les souvenirs du passé, les regrets du présent, et cette désolante pensée répétée par tous : qu'en d'autres temps, Maurice ne serait pas mort I . . • 09i
Le 12. — // ne serait pas mort! Abîme de réflexioi?3 et de larmes, où je me plonge tous les jours ! douleur sans fin de voir qu'on aurait pu conserver ce qu'on a perdu I Et qu'ai-je perdu! Dieu seul le sait, ce qu'était pour moi Maurice, mon frère, mon ami, celui dont j'avais besoin pour ma vie, celui sur qui je répandais ma tête, aion âme, mon cœur. Je ne m'arrête pas à ce qu'il était, à ce qu'il eût été pour cette société qui Ta laisse mourir, si c'est vrai, comme on dit. Je n'en sais rien, je ne connais pas le monde; je le regardais comme un grand homicide dans le sens religieux ; il est donc moralement mortel , de quelque côté qu'on le considère : mortel en ce qu'il nourrit des poisons ou qu'il laisse mourir de faim les plus nobles intelligences.
En quel temps aurait dû naître Maurice? Question que je me suis faite pour sa félicité en regardant les époques. On ne voit pas à quel siècle on pourrait, pour leur bonheur, suspendre le berceau de certains génies. — L'intelligence est comme l'amour, toujours accompagnée de douleur. C'est que ce n'est pas d'ici-bas, et tout ce qui est déplacé doit souffrir. Les âmes religieuses, celles qui rentrent en Dieu, sont les seules qui trouvent quelque apaisement dans la vie. Les hommes n'offrent aux hommes que mauvaiseté ou uisuffisntice. Je les connais peu, moi, habitante des bois, mais tant le disent que je le crois. Je n'ai non plus trouvé de bonheur dans personne, bonheur complet. Le plus doux, le plus plein, le
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meilleur a été dans Maurice, et non sans larmes dans sa jouissance. Le bonheur, c'est une chose environnée d'épines, de quelque côté qu'on le touche.
Le 15. — Il C3t dimanche, je suis seule dans mon désert avec un \dlet, le tonnerre gronde, et j'écris, sublime accompa^jnement d'une pensée solitaire. Quelle impulsion ardente et élevée! comme on monterait, brûlerait, volerait, éclaterait en ces moments électriques I
Le 19. — ' Que de fois je renonce à rien écrire ici, que de fois j'y reviens écrire 1 Attrait et délaissement, 6 ma vie I
[Sans date.] — Huit jours de visites, de monde, de bruit, quelques conversations aimables, un épisode en ma solitude. C'est la saison où l'on vient nous voir, cette fois-ci c'était en foule, des allons à la campagne ^ et la campagne est envahie, le Gayla peuplé, bruyant, gai de jeunesse, la table entourée de convives inattendus, \ improvisé dispense de cérémonie* Mais nous n'en faisons pas, et qui vient nous voir ne doit s'attendre q^a*au gracieux accueil, le meilleur qu'il nous soit possible dans la plus simple expression de forme. Ainsi nos salons tout blancs , sans glace ni trace de luxe aucun ; la salle à manger avec un buffet et des chaises , deux fenêtres donnant sur le bois du nord ; l'autre salon à côté avec un grand
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et large canapé; au milieu une table ronde, des chaises de paille, un vieux fauteuil en tapisserie où s'asseyait Maurice, meuble sacré! deux portes à vitre sur la terrasse ; cette terrasse sur un vallon vert où coule un ruisseau, et dans le salon une belle madono avec son enfant Jésus, don de la reine, voilà notre demeure! assez riante, où ceux qui viennent se plaisent, qui me plaît aussi, mais tendue de noir, dedans, dehors : partout j'y vois un mort ou je le cherche. Le Gayla sans Maurice I
[Sans date.] — Marie, ma sœur, m'a quittée pour quelques jours , Marie, notre Marthe , car elle s'occupe de beaucoup de choses dans la maison, me laissant la part du repos, la bonne sœur. Je ne connais pas d'âme de femme plus dévouée et s'oubliant davantage. Quand je ne l'ai pas, ma vie change au dehors, se fait active, et je m'étonne de cette activité et de ce goût de ménage avec mes goûts tout contraires. Naturellement je ne me plais pas en choses de maison et gouvernement de femmes. Volontiers je le laisse à d'autres; mais si la charge m'en vient, je m'en acquitte de bon cœur, sans y ti'ouver de répu^ gnance, sans m'ordonner comme il arrive qu'il le l'aut faire du moi qui veut au moi qui ne veut pas^ en tant et souventes fois.
Ne pourrais-je mieux écrire que ces riens du tout, que ce pauvre moi-même? L'insignifiant passe- temps! ^t qu'il tient à peu que je ne le laisse! Mais Maurice
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Taimait, le voulait. Ce que je faisais pour lui, je le continuerai en lui dans la pensée qu'il s'y intéresse. '^ Relation de ce monde à l'autre par l'écriture et la prière, les deux élévations de l'âme.
[Sans date.] — '• Songe de cette nuit, un enterrement. Je suivais un cercueil ouvert. On ne peut rendre ce cercueil ouvert, la douloureuse et effrayante impression de là-dedans sur l'âme. On fait bien de voiler les morts. Quelque aimé que soit leur visage, il y a à les voir une épouvantable douleur. Et voilà ce que nous sommes sans âme, car clest ce qui effraye, l'inanimé des cadavres. Quel nom ! quelle transformation 1 Jeune homme si beau ce matin, et cela ce soir : que c'est désenchantant et propre à détourner du mOndel Je comprends ce grand d'Espagne, qui, après avoir soulevé le suaire d'une belle reine, se jeta dans un cloître et devint un grand saint. Plût à Dieu que la vue de la mort fût dé tel effet sur tel homme du monde. Je voudrais tous mes amis à la Trappe, en vue de leur bonheur étemel. Non qu'on ne puisse se sauver dans le monde, et qu'il n'y ait à remplir dans la société des devoirs aussi saints et aussi beaux qu'en solitude, mais*...
Le 25. — Que ferai-je de ma solitude et de moi aujourd'hui? Comme Robinson dans son île, je suis