‹ Eugénie de Guérin: journal et fragmentsChapitre 1 sur 32 · II AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

II AVERTISSEMENT

œuvres du frère celles de la sœur, connue déjà par la grande place qu'elle tient dans la correspondance et les poésies de Maurice, mais qui méritait assurément d'être onnue un jour pour elle-même.

M ,,e Eugénie de Guérin était née cinq ans avant son frère. Elle a eu la douleur de lui survivre près de neuf ans, jusqu'au jour où elle s'éteignit dans sa solitude du Cayla, le 31 mai 1848.

Nous ne raconterons pas sa vie. Ce qui en fait l'intérêt, ce sont ses pensées et la façon dont elle les exprime. Du reste, cette vie est si simple qu'un voyage à Àlby ou à Toulouse» deux courts séjours dans le Nivernais et à Paris, y ont fait époque. Un départ ou un retour, les maladies de ceux qui lui sont chers, le mariage et la mort de son plus jeune frère en ont été les véritables événements. Sur tout ce qui la touche et les émotions qu'elle a ressenties, son Journal et ses lettres ne nous ont rien laissé à dire qui vaille la peine d'être dit.

\ II est vrai que le seul projet de livrer à tout le monde ces lettres, ce Journal surtout, a dû éveiller chez une sœur, pieuse dépositaire de ce mystique héritage, des scrupules auxquels nous avons eu nous-même quelque

* peine à nous soustraire. Combien de fois notre attention ne s'est-elle pas fixée avec une sorte d'anxiété sur ces paroles adressées par M ,,e de Guérin à son cahier qu'elle

DE L'EDITEUR. ni

dérobait avec tant de soin à tous les regards : « Ceci n'est pas pour le public; c'est de V intime, de l'âme, c'est pour on 1 . »

II ne faudrait pas croire cependant que M ,,e de Guérin ait ignoré complètement, ni même qu'elle fût irrévocablement résolue à ensevelir dans une obscurité volontaire les dons de l'esprit que Dieu lui avait prodigués. Plus d'une fois, cédant aux exhortations pressantes de son frère, au vœu d'un père qui avait deviné son génie , et sans doute aussi à une vocation irrésistible, elle a songé à écrire pour être lue; et, sous la condition expresse de taire son nom, elle eût consenti à livrer ses pensées, si, en retour de ce sacrifice, elle avait espéré faire un peu de bien à quelques âmes; si, par l'exemple de sa foi ou par l'expression de sa tendresse fraternelle, elle avait pu inspirer à d'autres son espoir en Dieu, son admiration pour Maurice : double amour qui se partageait et qui remplissait son âme.

Or, de tous les ouvrages qu'elle eût entrepris de desein prémédité, aucun n'aurait mieux rempli l'un et .'a ulre de ces objets, que le Journal où elle a noté, pendant huit ans, tous les élans spontanés de son esprit, to us les battements involontaires de son cœur.

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