‹ Eulalie Pontois drame en cinq actes, precede d'un prologueChapitre 46 sur 91 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

une beauté comme... rien qui ressemble aux plus belles personnes que l’ou rencontre dans le monde... Mais quelque chose de presque idéal , quelque chose enfin qui n'existe peut-être plus, mais qui a dû exister.

TORCY

Mais, madame la marquise, la difficulté d’un pareil portrait...

CAMILLE

Vous effraie, vous, monsieur Torcy I

TORCY

Oui, madame.

CAMILLE

Oh! je ne le pense pas... il ne m'effraierait pas, moi (Souriant), si j’étais peiutre.

TORCY

Si vous étiez peintre...

CAMILLE

Tenez, monsieur, il me semble que si j'étais peintre, ce modèle idéal, cette beauté parfaite existerait toujours pour moi.

TORCY

Et comment cela ?

CAMILLE

Pour le peintre, ce modèle doit être la femme qu’il aime; car il la toit avec son amour, il la peint comme il la voit.

TORCY, vi veinent.

Vous croyez ?

CAMILLE

Oui, je crois que si nos artistes ne produisent plus aujourd'hui de ces ravissantes créatures comme la Foroariua et la Jocoude, c'est qu’ils n’ont pas, comme Raphaël et Léonard, le courage de leur amour et qu'ils n’osent pas en livrer l'objet à l'admiration publique.

TORCY

Mais c’est que probablement, madame, ils préfèrent à leur gloire la sainteté de leur amour.

CAMILLE

Ob! la gloire est la première passion de l'artiste, celle qui doit dominer, absorber toutes les autres.

TORCY, vivement et se levant.

Oh! madame,elle seraittrop chère à ce prix!... C'est livrer au public, au monde, l'idole de sou cœur! montrer aux envieux, aux méchuns, eux indifférons même la flamme de sa vie; otTrir en spectacle à la critique, au dédain ou à la froide admiration , ce qu’on aime de toute la force de son âme! ce qu’on admire avec excès, ce qu'on adore avec religion. Oh! non, madame! non! ce serait une insulte à celle par qui l'on vit ; ce serait un sacrilège envers soi-même; ce serait ouvrir un sanctuaire sacré aux misérables curiosité de la foule.

CAMILLE, Ucbout , à part.

! Il l'aime, il doit être jaloux... il parlera. (Haut.)

EULALIli l’ONTOIS.

Veuille* m’excuser, monsieur, d’une idée peutêtre maladroite, car elle a pti vous faire supposer que je voulais pénétrer dans un secret.

TORCY

Un secret, dites- vous?...

CAMILLE

Oui, un secret dont M. de Cbangiron ne me pardonnerait pas de vous avoir parlé...

TORCY

M. de Cbangiron I Pardon, madame, M. de Cbangiron vous a-i-il lui-même parlé de ce secret ?

CAMILLE

Saus Je vouloir peut-être.

TORCY, à part.

Antooie a pâli au nom de Cbangiron... et luimême, il s’est troublé à la vue de son portrait... CAMILLE.

Laissons donc cette folle idée de côté et revenons à un autre sujet.

TORCY

Un mot, madame, et pardonnez ce qu’il peut avoir de hardi. Une femme comme vous, qui ne nie connaît pas, ne parle pas comme vous l'avez fait à uii homme comme moi qui n’ai pas l'honneur de la connaître, sans un motif puissant.

CAMILLE

Je ne sais, monsieur, ce que vous avez pu comprendre...

TORCY

J'ai compris que le mystère dont ma vie est enveloppée est arrivé jusqu’à vous. Ce n’est pas, ce ne peut être une vaine curiosité qui vous pousse à le pénétrer... Ce n’est pas pour un amusement si frivole que vous eussiez voulu blesser ainsi un cœur qui souffre.

CAMILLE

Un cœur jaloux peut-être...

TORCY

Qui vous l'a dit?

CAMILLE

Le mien, qui est jaloux aussi, monsieur.

TORCY

Grand Dieu ! Et vous pensez...

Rien, monsieur, rien. .. Je ne sais comment cela s’est fait... mais j’ai dit ce que je ne voulais pas. TORCY.

Et maintenant, vous ue pouvez plus vous taire... \J. <le Cbangiron vous a parlé de M"* Torey.

CAMILLE

Il m’a juré ne pas l’avoir vue... et...

TORCY

Mais peut-être vous a-t-il parlé d’un portrait? CAMILLE.

Merveilleusement beau...

TORCY

Qui lui a rappelé peut-être des souvenirs.

A votre tour, qui vous l'a dit?

TORCY

II vous eu a parlé... O malheur! Je nem’élais pas trompé.

CAMILLE

Nous nous égarons tous deux, monsieur; d’ailleurs, le passé de M. Chaugiroo ne m’appartieut pas.

TORCY

Mais celui d'Aulouic m'appartient, madame.

(La comtesse parait.)

Antonic, dites-vous... Ce n’est pas le nom que je croyais.

TORCY

C’est que ce u’estpns le sien non plus, madame.

OOOOOOCQOO O OO Ofr OOO OO OOO O OOOOOOOOO O wOOPOQQOOaOaOOOOO

Page 1