‹ EuphorionChapitre 1 sur 9 · MARSEILLE · texte numérisé non relu

MARSEILLE

Je me tenais au seuil du chemin de la vie.

Devant moi reposaient les siècles écoulés :

Et quand Tange invoqué leva sa main bénie Chaque Histoire dressa ses monuments foulés.

Regarde et tu seras un moment dans l'espace.

Le monde attend Tesprit: le Temps s'est arrêté, Le passé resplendit, et, déjà, sa clarté S'émeut sur le chemin que le destin te trace. Ta force est Tinfini que tu dois parcourir:

Car le rêve en, suspens du présent te féconde .Et tu vas entrevoir dans l'avenir qui gronde L'ardente éternité que tout peut devenir.

Sois l'âme!

Et des esprits passaient dans la lumière, Et chacun d'eux vivait au sein du paradis Que, pour notre bonheur, leur culte avait prédit. Et Jésus-Christ , loin d'eux, pleurait sur une pierre. Un homme lui parlait:

Mes frères m'ont chassé.

Les vierges ont suivi leur luxe et leur démence, Elles m'ont repoussé de leurs gestes glacés:

Mais je les contiens tous en mon amour immense;

J'ai voulu propager ton amour et les lois Que tu dictas jadis sur la montagne sainte.

Que les justes, les purs marchent devant les rois. Le front haut et la tête de couronnes ceinte. En me montrant le ciel, ils m'ont dit : sois esclave ! Un sourire mauvais perçait leur gravité, Si ton désir humain veut briser tes entraves, Regarde où finira ton cri de liberté.

Ils m'indiquaient la terre, ils voyaient un abîme Se creuser devant eux, mais moi, je contemplais Les sources et les fleurs, les arbres dont le rhythme Parlait au cœur d'amour, d'harmonie et de paix. J'ai voulu révéler un paradis terrestre Où l'arbre de science a donné tous ses fruits. J'ai parlé d'existence éternelle et céleste; Ma voix seule émouvait la nature et la nuit. ' Auraient-elles compris la douleur de mon âme, Seraient-elles les cris d'un univers, figés Qui se réveilleraient dès qu'une voix proclame L'Éternel châtiment qui leur est infligé.

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