‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 206 sur 341 · Phenic · texte numérisé non relu

Phenic

viennent réclamer les corps de leurs fils, ont la chevelure rasée et des vêtements « qui ne sont point des vêtements de fête* ». Les enfants d'Hercule, ceux de Mélanippe, sur le poinl d'être conduits à la mort, sont parés par leurs mères d'une toilette funèbre. Plus d'un personnage enfin faisait son entrée dans un état pitoyable, et en haillons.

Nous touchons ici à l'une des critiques les plus vives et les plus persistantes dont Euripide ait été l'objet de la part d'Aristophane. A entendre ce dernier, cette mise en scène de la misère serait, dans beaucoup de pièces d'Euripide, la chose essentielle et capitale : « Enlevez, dit-il, les haillons de ses personnages, et ses drames s'en vont'. » La forme de cette critique en rend l'exagération manifeste; mais comment se rendre un compte exact de ce qu'elle vaut, puisque les tragédies qu'Aristophane avait en vue, à part quelques fragments, sont aujourd'hui perdues? Il n'est pas douteux cependant qu'Euripide ait eu une certaine prédilection pour les fables où des rois, des chefs de peuples, entourés jadis du respect et de l'admiration de tous, tombent, par leur faute ou par un enchaînement fatal de circonstances, au dernier degré de l'abaissement. Cette histoire de héros déchus est, en particulier, celle de Bellérophon, celle d'Œneus, celle de Téléphos. Nous ne reviendrons pas sur Bellérophon, dont nous avons déjà parlé. Mais Œneus est un prince d'Étolie, longtemps fortuné et puissant, qui, après la mort de son fils

i. Suppl., 91.

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