‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 228 sur 341 · Elle a environ 700 vers do plus · texte numérisé non relu

Elle a environ 700 vers do plus

2. D'après Suidas, v. *Api<rtapxo;, ce serait Aristarque de Tégée. contemporain d'Euripide, qui aurait le premier donné au drame tragique retendue qu'il devait garder.

prennent au drame une part plus ou moins active.

Polynice qui, dans les Sept^ ne parait que mort sur la scène, y paraît vivant dans les Phéniciennes. Eschyle le fait connaître seulement par ses menaces et par Temblème de son bouclier; Euripide le montre et lui donne un caractère. Presque au début du drame, Polynice entre, à la faveur d'un armistice, dans l'enceinte de Thèbes, pour y avoir avec Étéocle une entrevue qui lui a été ménagée par sa mère Jocaste. En mettant les deux frères en présence, cette entrevue accuse le contraste de leurs natures. Étéocle est violent, intraitable, dominé par une passion unique, l'ambition, qu'il pousse jusqu'au cynisme. Polynice a l'àme moins vigoureuse que son frère. Il tremble en franchissant les murs de Thèbes; mais il a pour lui la justice; il est honnête et humain, accessible aux sentiments de tendresse et aux affections de famille. Pendant son altercation, à un moment où il devrait être tout entier à sa colère et uniquement possédé de la fureur de la vengeance, il demande à voir son père, à voir ses sœurs. C'est seulement quand Étéocle lui a tout refusé et que sa patience est à bout, qu'il se redresse sous l'insulte et qu'il relève le défi qui lui est jeté. Son humanité généreuse reparaîtra à ses derniers moments : avant d'expirer, il aura pitié de son frère mourant. C'est donc un personnage intéressant et touchant que celui de Polynice, et il n'est pas difficile de justifier son intervention dans une action qui, sans elle, serait arrivée trop rapidement à son terme.

Cette intervention entraînait celle de Jocaste. Seule

l'autorité maternelle pouvait être assez forte pour obtenir d'Étéocle qu'il revît son frère avant la lutte décisive. Mais ce n'est qu'au mépris des traditions générales qu'Euripide fait vivre et mourir Jocaste à cette époque. Dans VOdyssée\ Jocaste s'est pendue de désespoir aussitôt qu'elle a appris qu'elle était la femme de son fils : elle se pend également dans VŒdipe-Roi de Sophocle. Euripide seul la suppose vivante longtemps après la révélation du terrible secret. C'est qu'il a besoin de son existence, nécessaire à l'agencement et au mouvement du drame complexe qu'il a conçu. Jocaste chez lui est une mère qui, revoyant un fils longtemps absent, s'abandonne à de longues effusions de tendresse ; qui a préparé et qui cherche à opérer entre les deux frères ennemis un rapprochement pour lequel elle emploie tous les moyens et toutes les raisons; qui, n'y ayant pas réussi, est torturée de douleur et d'inquiétude; qui enfin, à la nouvelle de l'engagement du combat singulier, se précipite vers le champ de bataille, où elle se perce le cœur à côté de ses enfants. Ce rôle de mère provoque une émotion d'un genre particulier que rien ne rappelle dans les Sept,

Les personnages secondaires, Créon, Tirésias, Ménoikeus, correspondent, dans les Phéniciennes, à l'intérêt secondaire qu'éveille la ville de Thèbes, dont le poète a voulu séparer le sort de celui des deux frères. C'est pour qu'Étéocle connaisse l'avenir réservé à Thèbes par les dieux que Créon fait appeler le devin Ti-

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