‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 332 sur 341 · Phéniciennes, str. a* 1485-1497; anlistp. a · texte numérisé non relu

Phéniciennes, str. a* 1485-1497; anlistp. a

5. Q. Hcrmann leur a doané le nom de icapoiioiiorpoça {Doetr, meir.

hasard et ne relèvent point uniquement d'une fan-* taisie capricieuse. Elles ont aussi leurs règles, que H. Schmidt a le premier osé formuler et que Gevaert a résumées d'après lui* : règles complaisantes d'ailleurs, dont le poète parait se jouer quelquefois et qui ne le tiennent jamais enchaîné.

Il n'a conquis ces franchises que pour donner à l'expression de la passion dramatique plus d'accent et plus de variété. Aussi, quand cette passion, arrivée à son comble, ne se maîtrise plus et perd tout équilibre, la strophe est-elle laissée de côté et la symétrie des membres correspondants tout à fait abandonnée. La forme la plus ordinaire desmonodies d'Euripide est donc le chant non antjstrophique qui, avec ses périodes irrégulières, se prête à tous les mouvements comme à tous les éclats du sentiment. Les secousses violentes de l'âme, ses élans rapides, ses brusques retours, ses soudains passages de l'exaltation à l'abattement, sont marqués, à chaque section mélodique de la monodie, par des changements de rythme. Et, quand le trouble est extrême, ces changements se produisent à l'intérieur même de la phrase musicale, si bien que quelquefois les anapestes s'associent aux péons, ou qu'ils se rapprochent des dochmies et des choré(»s pour former des accouplements rythmiques que le chant choral ne connaissait point'. Ne faut-il pas que la cantilëne drama-

p. 730). II remarque justomont (p. 783) que ces strophes irrôgulières usitées seulement dans la tragédie nouvelle, ne se rencontrent qu'au moment d*un grand trouble de l'action.

1. Histoire et théorie de la musique, II, p. 227-229. . 2. C'est à quoi Aristophane fait allusion, Grenouilles, 1327, àvs to

tique suive, par de souples inflexions, la marche irrégulière et les détours des sentiments qu'elle interprète? Et qui songerait à faire un reproche à Euripide des efforts qu'il a tentés pour adapter le chant de la scène à la force capricieuse et désordonnée qui l'inspire? Parmi ces rythmes variés de la monodie, il en est cependant deux qu'en raison de leur caractère, on y rencontre plus souvent que les autres : c'est d'abord le rythme dochmiaque, qui, formé comme il est par la juxtaposition de deux mesures impaires S a quelque chose de heurté, de saccadé, et qui excelle ainsi à traduire l'inquiétude, la surexcitation, la fluctuation entre des sentiments contraires ; c'est ensuite le spondée anapestique, rythme plaintif originaire d'Asie, merveilleusement propre au chant des héroïnes d'Euripide, qui éclatent souvent en lamentations.

On pénétrera peut-être un jour les détails de la musique des monodies. Si, comme on l'annonce, une feuille de la collection de l'archiduc Reynier doit bientôt nous faire connaître la notation musicale d'un morceau lyrique de YOreste, pourquoi l'avenir ne nous réserverait-il pas d'autres découvertes du même genre? Les monodies d'Euripide paraissent avoir eu une telle vogue, et une vogue si durable, qu'il ne serait point étonnant que la tradition de la musique qui s'y adaptait se fût conservée longtemps

$ci>dcxa(ikY)xavov Kupy,vr,ç juXoicoiôv. Voir l'analyse que Geyaert fait, à ce point de vue, de la monodie du Phrygien, ouv, citéy II, p. 77, (Cf. 226); et de celle d'Iphigénie à Aulis, p. 234; 549. • 1. Le bacchios et l'iambe.

dans Tantiquité et qu'elle eût laissé des traces. En attendant, il faut nous contenter de ce que nous apprend Tauteur des Problèmes : « Les modes hypodorien et hypophrygien , qui ne conviennent pas au chœur, sont propres aux chants de la scène. » C'est qu'en effet ces deux modes, qui ne se ressemblaient pas du reste, dont le premier était grave et majestueux, le second enthousiaste et désordonné, avaient un caractère commun d'énergie qui les rendait aptes à rendre les sentiments de personnages agissants, comme sont les héros, tandis que ces mêmes modes auraient été mal accommodés au chant de personnages qui, comme les choreutes, sont inactifs*. Ajoutons, d'après la même source, que les monodies d'Euripide étaient généralement accompagnées de la flûte. « Pourquoi, se demande l'auteur diQ% Problèmes, est-il plus agréable d'entendre une monodie avec accompagnement de la flûte qu'avec accompagnement de la lyre ?» — Et il répond : « C'est que la flûte, dontles sons proviennent d'un souffle, s'associe mieux au chant à cause de sa similitude avec lui, tandis que les sons de la lyre se mêlent moins bien à la voix humaine'. » Le critique eût pu donner encore une autre raison : c'est que la flûte est passionnée et que la lyre ne l'est pas. Or, la monodie, nous l'avons dit, est le domaine de la passion.

Quels eflets la flûte et le chant pouvaient-ils ajou-

i. Arist. ProbL, 48, xoLxk Sk ttjv Oicoda>pioT\ xa\ ^ico^puyivri icpar- TO|uv,ô oux olxel6v éort x^9^'

2. Ihid,f XIX, 43. — Quand la monodie précédait rentrée du chœur, comme dans VHécube^ le joueur de flûte était sans doute placé derrière la scène.

ter & la poésie de pareils morceaux? Il nous est impossible d'en juger, et c'est à peine si cet emploi de périodes asymétriques, cette variété de mètres et ces brusques changements de rythmes, que nous avons signalés, permettent d'indiquer une lointaine analogie entre les monodies d'Euripide et les airs de nos opéras. Mais, si l'on ne peut que soupçonner les mérites qui leur ont valu tant d'applaudissements, on est mieux renseigné sur leurs défauts. Sans doute la parodie qu'Aristophane met dans la bouche d'Eschyle ne ressemble aux monodies vraies d'Euripide que dans la mesure où une caricature ressemble à un portrait; mais, comme cette caricature, on n'en saurait douter, est habilement faite, n'y retrouverat-on pas certains traits du modèle, grossis seulement, comme il convenait pour faire rire le public? C'est à ce titre qu'il est intéressant d'étudier la parodie qu'on rencontre dans les Grenouilles^ en la rapprochant de la monodie d'Euripide la plus développée qui nous ait été conservée, celle de l'esclave phrygien dont il a été plus haut question.

Quand on lit le morceau fabriqué par Aristophane S ce qui frappe tout de suite, c'est l'incohérence du développement. Le sujet de ce chant manque d'unité puisqu'il s'agit d'abord d'une femme épouvantée dans son sommeil par un songe dont elle cherche à conjurer les effets, et ensuite — c'est cependant la même personne qui chante, — d'une ouvrière, d'une fileuse à qui, pendant son travail du

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