Vers 425, Bergk
i2!d L'ESPRIT CRITIQUE CHEZ EURIPIDE.
Midas, roi de Phrygie, ayant réussi un jour à enchaîner le prophète Silène, le pressa de lui dire quelle est la chose la meilleure pour les mortels, et quel est le bien qu'il doivent préférer à tout. Silène d'abord refusa de répondre et s'enferma dans un silence obstiné. Enfin, sur les instances du roi, il laissa échapper ces mots : « Enfants éphémères d'une race condamnée à la peine et à de dures épreuves, pourquoi me forcez-vous de dire ce qu'il vaudrait mieux pour vous ne pas savoir? Car c'est pour ceux qui ignorent leurs maux que la vie a le moins de chagrins. De toutes choses la meilleure pour l'homme ce n'est pas de vivre, même en participant à une excellente nature : ce qu'il y a de meilleur pour tous et pour toutes, c'est de ne pas naître*. » Cet oracle du vieux Silène est le dernier mot du pessimisme de tous les temps. On lit dans la Philosophie de F Inconscient ^ de M. de Hartmann : « Nous avons commencé ce chapitre en nous demandant ce qui est préférable de l'existence ou de la non-existence du monde. Après un examen sérieux, nous avons dû répondre que toute existence en ce monde porte avec soi plus de peine que de plaisir; que, par conséquent, il eût été préférable que le monde n'existât pas . » Si l'auteur a cru faire aboutir son étude à une conclusion neuve, il s'est trompé. La doctrine qui met le néant au-dessus de l'être est si peu une découverte de notre temps qu'elle se perd dans la nuit des traditions grecques, où elle est mêlée aux fables de la mytho-
1. Aristote chez Plut., Mor., p. 115. {Consol. Apollon., 27.)