Dlctys, fr
2. Oreste, v. 918 et suiv. Le poète fait remarquer ailleurs que les pauvres et les humbles ont parfois plus de bon sens que les riches et les puissants [Danaé, fr. 327; Troyennes, 411).
minelle d'Egisthc et de Clytemnestre, le départ d'Oreste pour la Phocide. Il apprend ensuite au public des choses que le public ne sait pas, qui ne sont point empruntées à la tradition, mais inventées dans l'intention de rajeunir un vieux sujet. Electre, arrivée à l'âge nubile, a été demandée en mariage par les premiers de la Grèce. Egisthe, craignant qu'elle ne mette au monde un vengeur, a refusé de la marier à un homme de son rang : il lui a fait épouser un homme du peuple, un pauvre paysan dont il n'a rien à redouter. Il espérait ainsi la dégrader et l'avilir. Mais il s'est trouvé que cet homme de condition basse avait l'àme haute. En recevant des mains d'Egisthe une femme dont il ne se sentait pas digne, il a pris la résolution de respecter la fille des rois : il a éludé le mariage ; il est pour Electre un humble protecteur, un ami de condition inférieure, et rien de plus. Electre de son côté, pénétrée de reconnaissance pour un renoncement si généreux, s'ingénie à rendre service à l'homme dont elle partage la demeure et à lui alléger ses travaux. Dans une courte scène, qui n'a rien de la tragédie, on la voit sortir, avant le jour, un vase sur la tète, pour aller puiser de l'eau à la source voisine, tandis que son compagnon part mener ses bœufs aux champs. C'est la vie matinale d'un ménage de paysan que le poète nous met sous les yeux. — Cependant Oreste, qui vient d'arriver, rencontre sa sœur pleurant près du tombeau d'Agamemnon et appelant un vengeur. Il entre en conversation avec elle et gagne sa confiance en lui disant qu'il lui apporte des nouvelles de son frère. Electre alors met l'étranger
au courant de sa situation : elle lui apprend qu'elle est mariée et lui montre la maison qu'elle habite, une cabane isolée dans la campagne. « C'est là, dit Oreste, la demeure d'un laboureur ou d'un bouvier. » Et Electre lui répond : « Oui, celui qui l'habite est pauvre, mais il a l'âme noble, et il me respecte '. » — Le paysan, qui ne tarde pas à rentrer, offre aussitôt à Oreste et à Pylade l'hospitalité la plus cordiale à son humble foyer. A la vue de cet homme au grand cœur dont il sait la conduite, Oreste éprouve une émotion où se mêle l'étonnement. C'est surtout son étonnement qu'il exprime, d'une façon trop abstraite et sur un ton trop sentencieux, dans le passage qui suit : « Il n'y a aucun indice certain de la valeur des hommes, et la nature humaine n'est que confusion. J'ai vu des fils de pères excellents devenir des gens de rien, et des enfants vertueux naître de parents pervers ; j'ai vu la misère dans l'âme du riche et une grande âme dans le corps du pauvre... Cet homme que voici n'a pas un haut rang parmi les Argiens ; il ne peut s'enorgueillir de l'éclat de sa race, mais, bien qu'il soit du peuple, il s'est montré vraiment noble ^. » Oreste raisonne beaucoup pour un personnage dramatique ; mais ce défaut fait que nous sommes sûrs de trouver ici ce que nous cherchons, la pensée personnelle du poète. C'est également Euripide, et non pas Oreste, qui adresse au public cette apostrophe : « Ne vous guérirez-vous pas de votre folie, vous que remplissent et qu'égarent de vains