‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 145 sur 351 · Ion, 595. Médée, 301. Bellérophon, fr. 294, Nauck · texte numérisé non relu

Ion, 595. Médée, 301. Bellérophon, fr. 294, Nauck

voisinages dangereux et la contagion des honteuses compromissions*. Pouvant, lui aussi, avoir sa part dans la direction de la chose publique, il préféra s'abstenir, au risque de faire mettre en doute son esprit civique, et, comme l'Amphion de sa tragédie d'Atitiope, de laisser accuser sa Muse d'être une Muse inactive et inutile ^ Rien d'ailleurs n'eût été moins justifié que ce reproche. L'abstention d'Euripide, mêlée peut-être d'un certain goût pour le repos % n'était ni de l'égoïsme ni de l'indifférence. Archonte ou chef de parti, peut-être eût-il rendu des services à l'Etat; il en rendit de plus grands en restant ce qu'il était, un poète dramatique qui, dans ses drames, ne se désintéressait pas du présent. Il ne parlait point sur l'agora ; mais, dans une autre enceinte et devant un immense auditoire, sa parole soulevait incidemment quelques-uns des problèmes qui préoccupaient les esprits, critiquait les idées régnantes, exprimait un avis sur les questions politiques du jour. Euripide ne se borna pas, comme Sophocle, à des allusions fugitives aux événements contemporains : il composa des pièces — les Héraciides, les Suppliantes — qui sont des drames de circonstance. N'était-ce pas pour lui une façon d'intervenir, plus ou moins efficacement, dans les affaires de la cité? N'était-ce pas comprendre son rôle de poète comme une sorte de fonction publique?

\. Fragm. 910.

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