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180 L'ESPRIT CRITIQUE CHEZ EURIPIDJî.
et on ne le séduit que par la parole. Euripide est plein de mépris pour la « détestable engeance » de ces flatteurs de la multitude, pour les faciles succès de ces orateurs populaires, dont l'intempérance de langue est pour l'Etat une cause de ruine, dont l'éloquence sans scrupules vit de mensonges et de calomnies ^ Ulysse qui, par d'odieuses machinations appuyées sur de belles paroles, fait condamner à mort un innocent, était dans le Palamède le type du démagogue malfaisant ^ On voit se lever au milieu de l'assemblée populaire dont il est question dans le drame d'Ores te « un bavard éfîrené, puissant par son audace, un intrus qui a forcé les portes de la cité, plein de confiance dans le bruit qu'il fait et dans la liberté inculte de son langage, et dont on peut croire qu'il va précipiter encore la république dans quelque malheur' ». A ces traits, les spectateurs reconnaissaient une figure qui leur était familière : Gléophon, un des ennemis acharnés de la paix *, un des dignes successeurs de Cléon dans la faveur du peuple.
Euripide n'est donc pas suspect de tendresse à l'égard des démagogues. Il déplore que la foule se laisse entraîner par de tels chefs à des extrémités dont il redoute les effets pour son pays. Il voudrait
{. Hécube, 2:ii. lUppohjle, 98fi et suiv. Antiope, fr, 219. Ion, 832. Médée, 580. Troj/ennes, 967, SuppL, 412.
2. Il a co même caractère dans les Troyennes, 282 et suiv. ; dans He'cuOe, 131, 25 i ; dans VIphigdnie à Aulis, 526.