Thucyd., IV
lance sur ses détracteurs un fier regard ; qui grandit à travers les périls, tandis que les villes plus humbles demeurent dans leur obscurité * » . En écrivant les Suppliantes, Euripide n'a pas seulement composé un drame fait pour remuer souvent les cœurs ; il a composé en même temps — ce qui ne pouvait nuire à son succès — une œuvre patriotique qui flattait délicieusement l'orgueil national.
Faut-il pousser plus loin, dans l'étude des Suppliantes, la recherche des allusions contemporaines ?. En croirons-nous un critique anglais^ qui prétend avoir découvert qu'Adraste, quand il prononce l'oraison funèbre des chefs argiens, fait en réalité le portrait de plusieurs hommes politiques d'Athènes? Ces portraits, si Euripide avait eu l'intention de les tracer, eussent été méconnaissables, tant la ressemblance en est peu frappante. Qui se serait douté que Capanée, l'impie Capanée foudroyé par Jupiter, cachait la figure du pieux Nicias ? Il est vrai que, dans les Suppliantes, il nous étonne un peu. Cet homme puissamment riche que sa richesse n'enorgueillit pas, qui a la modestie et la frugalité du pauvre, ce héros d'un abord facile, aimable pour tous, même pour les serviteurs', répond mal à l'idée qu'on se fait de Capanée depuis Eschyle* ; mais il ne répond guère
i. SuppL, 321. Ces paroles sont dans la bouche d'^thra, mère de Thésée.