‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 173 sur 351 · Plut. Nicias · texte numérisé non relu

Plut. Nicias

VUES POLITIQUES. 20o

aux inquiétudes qu'elle fit naître ensuite. Le chœur des Troyennes dit qu'il a entendu proclamer « la rare valeur de la terre de l'Etna, consacrée à Héphœstos, de cette Sicile mère de montagnes, située en face des côtes phéniciennes' ». Or, la tragédie des Troyennes a été jouée en 415, l'année même du départ de la merveilleuse et fatale expédition. Deux ans plus tard, le poète était préoccupé de ce qui allait se passer. Dans l'épilogue de sa tragédie à^Êlectre, les Dioscures, en se retirant, déclarent qu'ils vont s'envoler jusqu'à la mer de Sicile, pour y sauver des vaisseaux^Les navires dont il s'agit sont évidemment des navires athéniens, et la représentation d'Electre correspond au moment où l'on venait d'envoyer au secours de l'armée de Nicias, déjà compromise, une flotte commandée par Démosthène. Euripide ne s'était jamais désintéressé des malheurs de la patrie. Longtemps auparavant, à la fin de VHippolyte porteur de courqnnes, le chœur quittait la scène en prononçant les paroles suivantes : « C'est une douleur commune à tous les citoyens que celle de ce deuil qui vient nous surprendre. Il fera couler d'abondantes larmes. Les grands hommes méritent d'être pleures, et ils laissent après eux un long souvenir". » Dans la tragédie, les vers s'appliquent à la mort d'Hippolyte : dans l'intention du poète, ils

\ . Vers 220 et suiv,

3. 1462 et suÎT. Ces vers ont été substitués, sans doute avec intention, à ceux qui terminaient le premier Hippolyte, et qui se sont conserves. Bœckh, Grœc. trag. princ, p. 180. H. Weil, note sur ces vers, dans l'édition do Sept tragédies d'Euripide.

rappelaient à la pensée des spectateurs un malheur récent, la mort de Périclès, qui, quelques mois auparavant, avait été l'une des dernières victimes de la peste.

Les faits qui précèdent témoignent à quel point lo théâtre que nous étudions porte la marque des préoccupations de la vie publique. Ils montrent en même temps combien peu justifié est le reproche qu'adresse Aristophane à Euripide de ne pas entretenir de nobles sentiments dans l'âme de la jeunesse. Il suffit d'avoir lu les Héraclides , les Suppliantes, les fragments à' Érechthée ^ , pour constater que la tragédie grecque est encore chez Euripide ce qu'elle était chez Eschyle : une école de patriotisme.

1. Lycurgue, contre Léocrate, 101, dit expressément qu'Euripide a choisi cette fable dans un sentiment patriotique, et qu'il a eu l'intention d'en faire un enseignement à l'usage des jeunes gens.

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