Schol. Aristoph., Paix
2. Sur le drame do Sthénébœa, voir le mémoire de Wecklein dans les Comptes rendus de l'Acad. de Munich (classe philos.-philol.), 1888, vol. I, p. 98.
der aucune à Euripide, qui écrit des tragédies. Il ne veut pas que le mal s'étale sur la scène tragique; il entend que les héros ou les héroïnes qui chaussent le cothurne ne soient en proie à aucune passion honteuse. Si c'était là une des lois de la tragédie, il est certain qu'Euripide, dans sa Sthénébœa, n'a pas respecté cette loi.
Phèdre est une autre Sthénébœa. L'histoire de ces deux femmes, dans ses traits essentiels, est la môme. Mariées, elles conçoivent toutes deux une passion adultère qui n'est point partagée, et elles se vengent des dédains dont elles sont l'objet en accusant d'avoir voulu les séduire l'homme qui a repoussé leur amour : elles meurent enfin misérablement*. — La Phèdre du second Hippolyte mérite-t-elle la censure d'Aristophane? C'est en pensant à elle aussi bien qu'à l'héroïne do Racine que Boileau a pu parler de la « douleur vertueuse » de Phèdre. Elle n'est en effet à aucun degré responsable des égarements de sa passion. Cet amour qu'elle a senti naître et grandir sans pouvoir en arrêter les progrès, qui ne lui a donné que des tortures sans un instant de joie, lui est envoyé par une divinité. Elle est la victime qu'Aphrodite sacrifie à l'exécution de son plan de vengeance contre Hippolyte ^ Impuissante à maîtriser ce mal divin, elle ne voit d'autre moyen d'échapper au dés-
1. C'est là, on le sait, une très vieille fable dont les Grecs ont emprunté le fond aux traditions asiatiques. Dans le récit biblique, le vertueux Joseph est un Bellérophon et un Hippolyte; la femme de Putiphar est une Sthénébœa et une Phèdre.
2. Voir le prologue de la pièce, où la déesse fait part au public de ses intentions.
honneur que de mourir ; et quand la nourrice a trahi son secret, quand elle entend retentir dans le palais la voix courroucée d'Hippolyte, elle se tue. Il est vrai qu'en mourant elle calomnie indignement le fils de Thésée. Mais ne faut-il pas que la colère de Vénus soit satisfaite? Et ces tablettes accusatrices ne sontelles pas pour Phèdre un moyen extrême auquel elle a recours pour sauver, après sa mort, sa réputation aux yeux de son époux et au regard du monde? Cette odieuse calomnie, qui est un des faits essentiels de la fable traitée par Euripide, atteste donc encore le souci que Phèdre a de son honneur. Ce n'est point à une telle femme que peut s'appliquer l'injure qu'Aristophane lui fait partager avec Sthénébœa : la Phèdre de la tragédie qui nous a été conservée n'est rien moins qu'une it^pv-rj. Aussi n'est-ce pas tant à elle sans doute que pensait Aristophane qu'à la Phèdre du premier Hippolyte, qui ne lui ressemblait guère. Celle-là ne luttait pas contre sa passion ; elle s'y abandonnait. L'amour ne l'effrayait pas : elle déclarait au contraire prendre pour maître « ce dieu irrésistible, si ingénieux à venir à bout de l'impossible* », et elle cherchait à justifier ses désirs coupables par les infidélités de Thésée ^ Peut-être n'avait-elle besoin d'aucun intermédiaire pour faire connaître sa passion à Hippolyte; peut-être lui déclarait-elle son amour elle-même, sans détours et hardiment ^ Repoussée,