‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 207 sur 351 · V. 1169 et suiv · texte numérisé non relu

V. 1169 et suiv

genre que pensait Aristote, quand il voulait que le terrible ne fût pas poussé jusqu'au monstrueux?

Il n'est arrivé qu'une fois à Euripide (si l'on en juge du moins par les tragédies qui sont restées de lui) do faire ce que Sophocle avait déjà osé dans son Ajax, de montrer un personnage qui se donne la mort sous les yeux du public : c'est dans un touchant épisode des Suppliantes.

Les corps des chefs argiens vont être livrés aux flammes, au milieu des lamentations de leurs mères. Mais le corps de Capanée, considéré comme sacré parce qu'il a été frappé de la foudre de Jupiter, ne sera pas confondu avec les autres : on le dépose sur un bûcher à part, où il sera brûlé seul. Tout à coup, non point sur la scène elle-même, mais au sommet d'un rocher qui domine le palais et au pied duquel est le bûcher, on voit accourir une femme parée de magnifiques vêtements, et donnant les signes d'une violente agitation. C'est la femme de Capanée, qui a résolu de ne pas lui survivre. Le jour où elle va rejoindre son époux dans la mort est pour elle un jour de fête qu'elle associe aux joyeux souvenirs de son hyménée. Son exaltation, sa folie d'amour conjugal, son ivresse de la mort prochaine s'expriment dans des vers lyriques d'un mouvement rapide et d'une originale beauté'. A ce moment, arrive un nouveau personnage : c'est le père d'Evadné, le vieil Iphis, qui a couru sur les traces de sa fille échappée à sa surveillance, et qui espère arriver à temps pour la

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