‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 210 sur 351 · Troyenne», 135 et suiv · texte numérisé non relu

Troyenne», 135 et suiv

morte, il lui parlait : « Ecoute-moi , ma mère, entendsmoi, je t'en supplie. Mère, c'est moi qui t'appelle, moi ton petit enfant, penché sur tes lèvres* .» N'estce pas la nature même, et ne retrouvait-on pas avec émotion, dans cette fiction dramatique, l'image d'une de ces réalités cruelles dont plus d'une maison athénienne était le théâtre ?

Dans les Supj^liantes , ce sont des enfants qui pleurent leurs pères, ou, plus exactement, c'est l'un d'eux qui exprime les sentiments do tous. Quand les corps des sept chefs argiens ont été consumés par le bûcher, on voit défiler sur la scène leurs fils aînés, dont chacun tient dans ses bras l'urne qui renferme les cendres de son père. Cet effet de spectacle est bientôt augmenté par des plaintes pathétiques, par un thrène funèbre qui se partage entre le chœur et les enfants, et oii les mères et les fils des morts se répondent en couplets symétriques. Ces enfants, du reste, sont presque des adolescents. Ils savent de quelle façon ont péri leurs pères, et, par la pensée, ils s'élancent dans l'avenir ; leur douleur est comme traversée par des éclairs de colère et de vengeance. Ce qui domine pourtant, c'est l'expression de la plainte; c'est l'image du père que l'enfant ne se résigne pas à avoir perdu, qu'il croit voir, qu'il croit entendre, avec le souvenir attendri de ses caresses et de ses baisers*. Il est incontestable que le rôle attribué ici aux enfants est heureusement imaginé : si le poète s'était borné à faire entendre au public les

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