‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 221 sur 351 · Aristoph., Grenouilles · texte numérisé non relu

Aristoph., Grenouilles

294 L'ART DRAMAjTIQUE CHEZ EURIPIDE.

avec lui des aliments grossiers, la maigre pitance destinée à soutenir ce qui lui reste de vie*. Le Philoctète de Sophocle n'a pour se couvrir que quelques morceaux d'étoffe ^ Le mal dont il souffre n'est nullement dissimulé : à diverses reprises, le poMc attire l'attention sur sa plaie hideuse, d'où découlent an pus fétide et un sang noir. A un moment, cette plaie se rouvre, etPhiloctète est en proie, devant Néoptolème, à une crise qui le torture et qui lui arrache, sur la scène même, des cris déchirants^. Sophocle a donc représenté, lui aussi, des héros mendiants ou accablés d'infirmités repoussantes. Mais n'oublions pas que le Philoctète d'Euripide a précédé celui de Sophocle de vingt-trois années et que VOEdipe à Colone n'a été joué qu'après la mort des deux poètes. 11 est donc possible que Sophocle n'ait fait que suivre en cela, avec l'assentiment du goût public, l'exemple donné par son rival plus jeune, et que ce soit bien à Euripide, comme les textes d'Aristophane semblent l'indiquer, que revienne l'initiative de ces nouveautés*. Elles étaient d'ailleurs dans l'esprit de son théâtre. On ne saurait affirmer qu'en dégradant les héros il ait voulu humilier sur la scène les puissants, de même qu'il y relevait les humbles. Mais le tableau

1. Œdipe à Colone, 1238 et suiv. Electre, dans la tragédie qui porte son nom, a un vêtement misérable; elle est probablement habillëo comme une esclave (v. 190-191; cf. 431).

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