Ibid
3. Il est fâcheux qu'ils se terminent par une réflexion sceptique, qui distrait de l'cmotion qu'on éprouvait d'abord. i -. '-.n^j
faire sentir le prix. Mais Alceste est épouse avant d'être mère : c'est pour son mari qu'elle veut mourir. La résolution qu'elle en prend est d'un ordre si haut et suppose un renoncement si merveilleux, que cette résolution passe presque les limites de la vraisemblance : si le dévouement d'Alceste n'eût été une fable fournie par la tradition, il semble qu'un poète eût difficilement osé l'inventer. Voilà en effet une , femme qui consent à mourir pour son mari, sans que ce mari soit nécessaire à sa fami-lle et à sa patrie, par l'unique raison qu'il n'y a pas pour lui d'autre moyen de prolonger son séjour sur terre ! Voilà une femme qui se résout à ce parti, non point à la légère et en un moment d'exaltation, mais après réflexion et de sang-froid ; qui, dans la joie et l'éclat de la jeunesse, reine fortunée, mère heureuse, se destine ellemême à la mort, et à une mort qui se fait attendre, qu'elle voit venir lentement et dont elle mesure les approches ; une femme qui, à travers des émotions et des larmes qui relèvent encore la valeur de son sacrifice, arrive par degrés au désintéressement absolu, au détachement complet d'elle-même. Alceste sacrifiant sa vie, qui lui était douce, pour faire vivre Admètc, est l'idéal surhumain du dévouement de l'épouse. Les Grecs avaient raison de dire que dans ce dévouement il y a quelque chose de divin*.
1. Platon, Banquet, chap. VII (p. 179 b-c). Cf. les belles paroles de Fénclon [Sur le jnii- amour, t. I»', p. 332-333, coll. Didot) : « En suite Platon cite l'exemple d'Alceste, morte pour faire vivre son époux. Voilà, suivant Platon, ce qui fait de l'homme un dieu : c'est do préférer, par amour, autrui à soi-même, jusqu'à s'oublier, se sacrifier, se compter pour rien. Cet amour est selon lui une inspiration
L'admiration a donc sa place chez Euripide; une place plus ou moins importante suivant les drames où elle est en jeu. On ne peut dire que le sacrifice de Ménoikeus et celui de Macaria soient des actions épisodiques, puisqu'une partie du dénouement des Phéniciennes et de celui des Héraclides dépend de ce sacrifice ; mais les nobles figures de ces jeunes gens ne font que paraître et disparaître ; Témotion très vive qu'ils excitent n'intervient qu'en passant et à titre de sentiment secondaire. L'admiration avait peut-être une plus large part dans VÊrechthée, et elle se prolonge davantage dans VIphigénie, où elle succède à la pitié, tout en s'y mêlant encore. Dans Alceste, enfin, elle est le sentiment, non pas unique, mais dominant. Comment Aristophane, si égaré qu'il fût par l'esprit de parti et par ses rancunes personnelles, a-t-il donc pu oublier les scènes que nous venons de rappeler ou fermer volontairement les yeux à leurs beautés?
divine... Alceste est Taclmiration des hommes pour avoir voulu mourir et n'être plus qu'une vaine ombre, afin de faire vivre celui qu'elle aime. Cet oubli de soi, ce sacrifice total de son être, cette perte de tout soi-même pour jamais, est aux yeux de tous les païens ce qu'il y a de plus divin dans l'homme. »