‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 23 sur 351 · Fragm. 913 (Clcm. Alex., Strom., V, p · texte numérisé non relu

Fragm. 913 (Clcm. Alex., Strom., V, p

naër prétend-il que cette attaque est exclusivement dirigée contre les anciens Ioniens, qui cherchaient dans la matière seule l'origine des choses, tandis qu'Anaxagore sépara de la matière et mit au-dessus d'elle l'Intelligence*. Une telle distinction eût été, à ce qu'il semble, insaisissable pour le public athénien. Si Euripide a voulu faire une allusion, cette allusion ne peut évidemment se rapporter qu'aux savants ses contemporains et non à ceux de l'âge précédent. N'estil pas plus simple de remarquer que les idées qu'on rencontre chez Euripide ne peuvent être considérées toutes comme étant l'expression de sa pensée propre? Les vers dont nous venons de donner le sens sont des vers lyriques, qui pouvaient être placés dans la bouche du chœur. Or, le chœur, chez Euripide comme chez les autres tragiques, exprime souvent les lieux communs de la sagesse vulgaire et l'opinion de la foule. Puisque la foule tenait alors en suspicion les savants adonnés à l'étude des phénomènes célestes, quoi d'étonnant que le poète ait prêté au chœur ce sentiment? Il n'en est pas moins vrai qu'Euripide doit être rangé lui-même dans cette famille suspecte des météorologues ; car il avait sur le monde et sur la nature des opinions qu'il a plus d'une fois professées dans ses drames. Ces opinions sont-elles conformes à ce que nous savons des doctrines d'Anaxagore?

Quelques écrivains anciens remarquent que le poète et le philosophe expliquaient de la môme façon

ié Diatribe, p. 27.

l'inondation du Nil, dont ils attribuaient tous deux la cause à la fonte des neiges de l'Ethiopie ^ Mais cette explication est plus ancienne qu'Anaxagore luimême, puisqu'on la rencontre déjà chez Eschyle ^ Ce rapprochement est donc sans valeur. D'autres ont plus d'importance. Il est constant qu'Anaxagore avait des idées arrêtées sur la nature des corps célestes. Il enseigna à Athènes, pour son malheur, que le soleil est une énorme pierre, et une pierre incandescente, KOo; Siâitupo;'. Or, OU croit reconnaître cette même doctrine dans un passage de VOreste d'Euripide : c'est la monodie oh Electre s'écrie qu'elle voudrait faire entendre ses plaintes et ses cris de douleur à Tantale père de sa race, qu'elle voudrait s'élancer jusqu'à lui, c'est-à-dire « jusqu'à cette pierre qui est suspendue dans l'air entre le ciel et la terre, jusqu'à cette masse attachée à l'Olympe par des chaînes d'or et qu'emportent les tourbillons* ». Il s'agit évidemment ici du supplice légendaire de Tantale ; non de celui qui est décrit au xi' chant de V Odyssée et dont la scène est aux enfers, mais de celui qu'indique déjà Pindare ^ dont le théâtre est entre ciel et terre, où le grand criminel châtié par les dieux est emporté dans

1. Diod.,I, 38, 4. Schol. Apoll. Rhod., IV, 269. Cf. Eurip.,Wé/. 1-3 et un fragment de VArchélaos (228, Nauck^).

2. Esch.fr. 300, Nauck (139, Ahrcns).Il paraît difficile qu'Eschyle,, plus âgé qu'Anaxagore d'une trentaine d'années, et qui se retira définitivement en Sicile peu de temps après l'époque probable de l'arrivée de celui-ci à Athènes, ait tenu de lui cette opinion. Hérodote, II, 22, en combattant cette explication, ne dit point qu'Anaxagore en fût l'auteur.

3. Xénoph. Mém., IV, 7, 6. Plat. ApoL, p. 26 d. Cf. Schaubach," Anaxag. Fragm., p. 139.

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