Vers 884 et suiv
d'Anaxagore, est capitale. Si quelqu'un à cette époque a exprimé la pure doctrine du philosophe ionien, ce n'est pas Euripide, c'est Critias, dans les beaux vers du Pirithoos^ qui sont un hymne en l'honneur du Nous, « cet être qui existe par lui-même, qui, dans le mouvement circulaire de Féther, a combiné la nature de tous les êtres; lui qu'enveloppent la lumière et la sombre nuit éclairée par les étoiles, autour duquel accomplit son éternelle révolution l'innombrable chœur des astres ^ »
Rien de pareil chez Euripide. Mais, sur d'autres points moins importants, il semble reproduire exactement la pensée d'Anaxagore : c'est quand il dit que rien ne meurt, que les éléments des corps ne périssent pas, qu'ils se dissolvent seulement et se transforment^; c'est encore quand il fait soutenir à Mélanippe que, dans la nature, il n'y a point de prodige*. Si donc Euripide n'a pas adopté la doctrine entière d'Anaxagore, s'il s'en est quelquefois séparé ouverte-
1. Le Pirithoos est, il est vrai, souvent cité comme étant d'Euripide; mais, dès l'antiquité, on ne savait s'il fallait l'attribuer à Euripide ou à Critias (Athcn., XI, p. 496 b). On le rangeait même formellement, avec le Tenues et le Rhadamanthe, parmi les drames apocryphes [Vie, Schwartz, p. 3, 1. 2). Les fragments qui nous en restent justiQent ces soupçons. Des raisons de langue et de métrique paraissent s'opposer à ce que ces fragments soient attribués à Euripide. Voir Wilamowitz-Mœllendorff, Analecta Euripidea, p. 162. Bergk, Griec.h. Liter., III, p. 612, suppose que le Pirithoos était de Critias, mais qu'il a été représenté sous le nom d'Euripide.