‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 293 sur 351 · Vers · texte numérisé non relu

Vers

2. 1081-lHa. Ces réflexions, que le poète cherche à faire excuser, ne trouvent pas une raison suffisante dans la résolution que Mcdée vient de prendre. Euripide profite donc d'une pause de l'action pour communiquer au public ses idées sur le mariage et sur les enfants.

pour des Athéniens? On n'hésitera donc pas à affirmer que le chœur de la Médée, si dévoué d'abord au personnage principal, si bouleversé ensuite par ses crimes, est un de ceux qui, dans la tragédie grecque, tiennent le mieux à l'action.

Le chœur de YHippolyte ne diffère guère à cet égard de celui de la Médée. Les deux commoi de la pièce, les dialogues assez longs du coryphée avec les personnages en scène*, les vers dochmiaques qui sortent de sa bouche ou de celle de ses compagnons, sont autant d'indices de l'intérêt que le chœur prend aux événements et du trouble oii ces événements le jettent. Profondément attachées à Phèdre, dont la maladie les a attirées près du palais et qui laisse échapper devant elles son redoutable secret, liées à leur reine par le serment de discrétion qu'elles prêtent, ces femmes de Trézène lui restent dévouées jusqu'à sa mort, et même au-delà. Non seulement devant son cadavre elles mêleront leurs voix à celle de Thésée pour chanter la lamentation funèbre, mais, pouvant justifier Hippolyte par la révélation de la vérité, elles garderont un silence qui, en même temps qu'il leur est imposé par la religion du serment, sauvegarde l'honneur de Phèdre. Aussitôt après, leur intérêt se reporte sur le malheur d'Hippolyte, dont elles déplorent l'exil. Si la seconde catastrophe ne leur arrache pas les mômes gémissements que la première, l'action tout entière inspire au chef du chœur une strophe où est exaltée l'irrésistible puissance

1. Avec la nourrice, v. 267; avec Phèdre, v. 706; avec Thésée, 785, 871.

d'Aphrodite*. Comment, contester l'opportunité de ce dernier chant? Hippolyte n'est-il pas la seconde victime de la déesse de l'amour, et celle-ci n'a-t-elle pas mené tout le drame? Que cependant le chœur soit constamment préoccupé des situations et qu'il ne s'en détache jamais, on ne pourrait le prétendre. A un moment, ces femmes expriment le souh^iit d'être transformées en oiseaux, pour s'envoler, loin de ce monde misérable, dans la contrée merveilleuse de l'Adriatique, vers la région fortunée des Hespérides*. Ailleurs, elles s'abandonnent à des réflexions, où des doutes sur la providence divine se mêlent à des vœux de vie bienheureuse^. Mais ces vœux et ces réflexions passent vite, et la pensée du chœur revient rapidement, d'un léger coup d'aile, à cette réalité qu'elle n'a fui que pour un instant. Il faudrait être bien rigoureux pour lui reprocher ces distractions momentanées.

Que dire des Héraclides, qui sont du même temps, sinon qu'on imaginerait difficilement rapport plus étroit entre le chœur et le drame? Les choreutes sont des citoyens de cette ville d'Athènes dont la pièce entière est la glorification : c'est la vertu d'hospitalité des Athéniens, c'est leur sentiment de l'honneur, c'est leur renommée qui est perpétuellement en cause; et le chœur ne l'oublie jamais, depuis le moment où il arrive au secours du vieil lolaos vio-

1. Cette strophe unique représente, à elle seule, le quatrième slagimon, V. 1268-1281.

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