Hécube
ploie, dans ces solos, dans ces monodies, souvent plaintives, quelquefois d'un pathétique terrible, dont plusieurs font penser aux airs les plus touchants ou les plus saisissants de l'opéra moderne.
Parmi ces monodies, il en est dont la forme semble appartenir surtout à l'art d'Euripide : ce sont celles dont s'égaie Aristophane et qu'il qualifie de monodies crétoises\ Gardons-nous d'écouter ici les commentateurs anciens qui croient h une simple allusion à cette tragédie des Cretois dont Aristophane, dans ses Grenouilles^ parodie au moins une strophe ^ L'expression a une valeur plus étendue. Dans l'antiquité, les habitants de la Crète avaient la réputation de danseurs habiles, et ils passaient pour avoir inventé ces hyporchèmes^ où la danse était inséparable de la mélodie, et où les exécutants traduisaient en môme temps, par leurs attitudes et par leurs gestes, tous les sentiments que leur voix exprimait'. Les monodies Cretoises d'Euripide étaient donc des airs où l'artiste accompagnait son chant de pas de danse et d'une certaine mimique. Etait-ce là chose tout à fait nouvelle? Un prédécesseur d'Eschyle, Phrynichos, se vantait d'avoir inventé « autant de figures qu'il y a de vagues sur la mer dans une nuit d'orage » *. Eschyle lui-même avait à son
1. 'û Kpr,Ttxàc (lèv wjîlÉywv (lovwîlaî, dit Eschyle en s'adrcssant î'i Euripide, Grenouilles, 849.
2. Vers 1356 : à),).^ o' KpTjTe;, "ISr,; xéxva... Fritzsche croit que les vers suivants sont à peu prés ceux d'Euripide. Nauck, fragm. 471, est d'un avis opposé. Ce qui est certain c'est que le poète comique parodie la monodic d'Icare des Cretois. Schol., v. 849.