Troy., 914 et suiv
qui la met en scène possède toutes les ressources, toutes les recettes nouvelles de la persuasion'. Aristophane n'a pas tort de faire dire à Euripide qu'il a introduit dans la tragédie « l'art de raisonner et d'examiner », ou de lui reprocher « les souplesses et les échappatoires des discussions » de ses héros, trop souvent transformés en avocats*.
Les idées subtiles ne manquent point en effet chez lui. Mais, comme s'il craignait qu'elles passent inaperçues, il prend soin — chose étonnante — d'attirer sur elles l'attention : il les souligne, pour ainsi dire. j « Serais-tu devenu, sans qu'on s'en doute, un habile raisonneur ? » dit Apollon à Thanatos '. Jason annonce qu'une des raisons qu'il va donner à Médée est d'une finesse ingénieuse (Ieittô;) *. Hippolyte reproche à son père de « raffiner » mal à propos ^ Hécube, qui, malgré le récit qu'elle vient d'entendre de la mort si touchante de Polyxène, s'est laissée aller à des réflexions hors de saison^, s'arrête, sa dissertation finie, pour déclarer que ces considérations sont « comme des I traits lancés dans le vide ^ ». Singulier poète qui sent [ que telle digression est déplacée dans son drame, qui
1. En étudiant le discours d'Hclônc, on y trouverait une partie des artifices de la rhétorique : objections supposées, réfutations anticipées, concessions à l'adversaire, etc. Cf. le discours d'Hippolyte, V. 983 et suiv.