Ion
que, il n'en est pas moins vrai qu'Euripide a signalé, avec une grande force, le danger qu'aurait pu faire courir à la morale publique la conduite scandaleuse des dieux, si les hommes avaient eu la prétention de justifier leurs désordres en s'autorisantd'exemples célestes*.
Les fables qui racontaient ces histoires, en môme temps qu'elles pouvaient encourager les sophismes du vice, donnaient une idée fausse de la divinité, à qui Euripide répugne à attribuer le mal, quel qu'il soit. La déesse Artémis, qu'on adorait à Brauron, en Attique, et qui, d'après la tradition, était originaire de Tauride, avait été honorée jadis de sacrifices humains. Le poète fait critiquer par Iphigénie ellemême cet usage barbare, et, après avoir cherché l'explication de ces sanglantes pratiques moins dans les exigences de la déesse que dans le caractère des habitants de la Tauride, il conclut en disant : « Non, je ne puis croire qu'aucune divinité fasse le mal ''. » Cette phrase rappelle un fragment souvent cité du Bellérophon : « Si les dieux font quelque chose de honteux, ils ne sont pas dieux' » ; et le rapproche-
1. C'est le conseil que l'Injuste donne à Pheidippidès, dans les Nuées, 1079 : « Si tu es pris en adultère, réponds au mari que tu n'as rien fait de mal, et autorise-toi de Jupiter, qui, lui aussi, se laissait vaincre par l'amour et par les femmes ». Cf. Plat., Republique, III, 391 d-e. — Dans YHippoli/te, v. 451, la nourrice conseille à Phèdre de s'abandonner à sa passion, en lui citant l'exemple de Zeus, qui a recherché l'union de Sémclé, et d'Eos qui a enlevé Képhalos.