Fragm
visage d'un enfant qui vient de naître. » Il n'a pu entrer dans la pensée du poète qui a composé ces vers de vouloir que l'homme, par'un calcul d'égoïsme souvent mal entendu, se condamne à ne jamais connaître les joies de la paternité. Mais il a trop bien observé le train de la vie humaine pour n'avoir pas vu qu'ici comme partout le mal est le prix auquel il faut acheter le bien, que la souffrance est la voisine immédiate et toujours à craindre du plaisir. Si l'on cherche l'opinion propre du poète, on la trouvera peut-être dans le fragment suivant de VOEnomaos : « Je me demande, sans réussir à le savoir, s'il vaut mieux pour les mortels avoir des enfants ou passer sa vie sans enfants. Je vois en effet que ceux qui n'en ont pas sont malheureux et que ceux qui en ont sont moins heureux encore. Des enfants pervers sont le pire des fléaux ; des enfants vertueux sont un grand sujet d'inquiétude, en faisant toujours trembler leur père qu'il ne leur arrive quelque malheur 2. » Ainsi la paternité, aussi bien que l'état contraire, est pour l'homme une souice de douleurs.
Il y a pour lui une autre occasion de souffrances : c'est qu'il est victime de l'hérédité, non seulement au physique, mais au moral. Tantôt il porte en luimême des vicQs qu'il a reçus avec le sang; tantôt', honnête par nature et par volonté, il est condamné à expier des fautes qu'il n'a point commises, qui sont celles de ses parents ou de ses ancêtres. Cette croyance à l'hérédité de la responsabilité morale, qui a tenu